Laissez-vous conter l'abbaye du Ronceray et l'église de la Trinité
L'abbaye
Les fondateurs
L’abbaye Notre-Dame-de-la-Charité ou du Ronceray a été fondée en 1028 par la comtesse d’Anjou Hildegarde (980/990-1046) avec le soutien de son époux, Foulques III dit Nerra (vers 965/970-1040) et de leur fils Geoffroy II Martel (1006-1060). Avec cette fondation, la comtesse dispose d’un établissement féminin où les moniales prient pour le salut de son âme, de celles de son mari, de son fils et des parents de son mari, Geoffroy Grisegonelle et Adèle.
Hildegarde meurt en Terre Sainte le 1er avril 1046 et est enterrée dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem tandis que son cœur est ramené à Angers et inhumé au Ronceray.
La légende
Le lieu choisi pour implanter la communauté voulue par Hildegarde reprend l’emplacement d’une ancienne église où, selon la tradition, saint Melaine, évêque de Rennes, célébra la messe vers 533, entouré d’Aubin, chef de l’église d’Angers, et des évêques de Nantes et du Mans. La fondation est associée à un récit légendaire. Accusée d’infidélité par son mari, Hildegarde se serait jetée dans la Maine. Pour remercier Dieu d’avoir échappé à la noyade, elle décide de construire un monastère à l’endroit où elle a retrouvé la terre ferme, dans la Doutre. Alors que les ouvriers travaillent à la construction de la future église, ils découvrent une statue de la Vierge cachée par les ronces. Ils y reconnaissent l’ancien oratoire de saint Melaine et l’intercession de la Vierge protégeant l’emplacement de la future fondation comtale. Les travaux terminés, le roncier persiste et ses branches traversent régulièrement la baie de la crypte pour enlacer la statue miraculeuse qui y est exposée. Cette statue devient l’objet d’un culte marial et la crypte accueille un important pèlerinage à Notre-Dame dès le début du 12e siècle.
De Sainte-Marie-de-la-Charité au Ronceray
L’abbaye porte initialement le vocable de Sainte-Marie-de-la-Charité. Au début du 18e siècle, le prêtre et historien Joseph Grandet rapporte que ce vocable de "charité" vient du fait qu’Hildegarde avait associé à la fondation la distribution de petits pains "que l’on appelle fouasses de la comtesse".
Avant le milieu du 16e siècle, le monastère change de nom et prend celui de Notre-Dame du Ronceray. Ce nouveau vocable célèbre la redécouverte en 1527 de la crypte et de la statue de la Vierge, toujours enroulée dans un roncier vigoureux qui poussait au pied de la chapelle.
Les autres fondations du couple
Princesse originaire de Lorraine, Hildegarde s’inscrit dans une grande lignée de femmes fondatrices, à l’image de sa contemporaine, Emma de Blois, comtesse de Poitou à qui l’on doit les abbayes de Bourgueil et de Maillezais. Son mari, Foulques Nerra, est connu pour avoir construit de nombreuses tours maîtresses (Langeais, Loches, Montrichard, etc.) mais il est également à l’origine de plusieurs fondations religieuses, dont l’abbaye de Beaulieu-lès-Loches (1005/1007), où il est inhumé, et celle de Saint-Nicolas d’Angers (1021) où est enterré Geoffroy Martel, son fils. Hildegarde était décédée depuis un an lorsque ce dernier, avec son épouse Agnès de Bourgogne, fonde l’abbaye féminine de Notre-Dame de Saintes.
Les autres abbayes angevines
Pour sa fondation, Hildegarde opte pour une communauté de femmes, la première de la ville d’Angers. Les autres abbayes sont Saint-Aubin, fondée en 966 par Geoffroy Grisegonelle, comte d’Anjou, à l’emplacement de l’ancienne basilique abritant le tombeau de l’évêque Aubin (529-550) ; Saint-Serge, siège d’un premier établissement institué au milieu du 7e siècle par le roi Clovis II et son fils Thierry III, et qui reçoit des moines bénédictins vers l’an 1000 ; Saint-Nicolas, fondation comtale voulue par Foulques Nerra en 1021. Au début du 12e siècle vient s’ajouter Toussaint, ancienne aumônerie devenue abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin. De ces cinq abbayes, le Ronceray est la seule dont l’église romane est conservée.
L'église romane
Un édifice à la datation controversée
S’appuyant sur la dédicace d’un autel en 1119 par le pape Calixte II, les historiens ont voulu dater l’église entre le milieu du 11e siècle et le début du 12e siècle. Toutefois, les observations effectuées par les archéologues sur les maçonneries, permettent d’avancer que l’édifice a été construit avant 1050, en commençant par le chevet et en avançant vers l’ouest. Entièrement construite en tuffeau, l’église combine des élévations en moellons équarris et des contreforts en moyen appareil à l’instar de la nef de la cathédrale d’Angers, consacrée en 1025, ou du donjon de Loches, bâti vers 1030 pour Foulques Nerra. Le chevet est paré d’appareils décoratifs, réticulés ou losangés.
Aujourd’hui, l’abbatiale du Ronceray s’impose comme un édifice du premier art roman, du deuxième quart du 11e siècle, qui rivalise avec les églises de Maillezais, Tournus ou Saint-Benoît-sur-Loire.
Son architecture
En plan, l’église se compose d’une nef à trois vaisseaux ouvrant sur un transept saillant sur lequel s’articulent trois chapelles échelonnées. Sous le chevet, s’étend une crypte à trois absidioles reliées par un couloir transversal accessible depuis le 19e siècle par l’église de la Trinité. L’élévation, mise en valeur par de grandes baies en plein cintre, propose une déclinaison de voûtes en pierre précoces. Le berceau longitudinal couvrant le vaisseau central de la nef est soulagé par des arcs-doubleaux au profil outrepassé et est contrebuté par des voûtes transversales dans chacune des travées, comme c’était le cas dans l’abbatiale de Maillezais. L’extrémité du bras sud servait de base à une haute tour de clocher, dont le mur nord prenait appui sur un arc enjambant la voûte en berceau couvrant le transept.
Le parti roman d’origine reste lisible malgré quelques modifications. Ainsi, dans la décennie 1430, la totalité des charpentes de l’église est refaite, ce qui génère la reprise des pignons. Au milieu du 17e siècle, les collatéraux sont divisés en deux niveaux par des tribunes, le niveau bas du vaisseau nord étant soustrait à l’église et isolé par des murs pour servir de galerie de cloître. Enfin le chevet, ruiné au début du 19e siècle, a été restitué par une évocation des volumes en matériaux contemporains.
Son décor sculpté
À l’intérieur de l’église, la quarantaine de chapiteaux conservés atteste de la précocité du chantier et de l’originalité du premier art roman en Anjou. En dépit de quelques différences dans le traitement des formes, l’ensemble est relativement homogène.
Le programme iconographique s’articule autour de trois espaces : des combats d’animaux maléfiques à l’ouest près de la grande porte, des variations du chapiteau corinthien dans la partie orientale de la nef et dans les bras de transept, associés à des couples d’oiseaux aux corbeilles des dernières piles de la nef et enfin des scènes bibliques sous l’arc triomphal et à l’entrée des chapelles absidioles. Ce dernier ensemble est malheureusement moins bien conservé et seuls les chapiteaux de la fuite en Égypte et du péché d’Adam et Ève sont facilement identifiables, proposant la plus ancienne manifestation de la sculpture figurée romane en Anjou. À l’extérieur, la sculpture se limite à l’étage de la tour de clocher et au chevet, où cohabitent chapiteaux et modillons à copeaux.
Ses peintures murales
Découvert et dégagé entre 1959 et 1963, le décor peint est daté du milieu du 13e siècle par la présence, sur les arcs-doubleaux de la nef, de blasons armoriés de Blanche de Castille et de ses trois fils cadets, Robert d’Artois, Alphonse de Poitiers et Charles d’Anjou, tous frères du roi Louis IX (Saint Louis).
À ce décor héraldique, s’ajoutent de grandes figures allégoriques sur les écoinçons des arcs-doubleaux du vaisseau sud, des décors à faux-joints avec des rinceaux à fleurettes sur les murs et voûtes et des rehauts rouges et verts sur les chapiteaux romans. Les études réalisées en 2022 ont révélé que ces peintures, liées à l’huile comme celles du cycle de saint Maurille à la cathédrale ou celles de la chapelle Saint-Jean, constituent le premier décor de l’église romane dont les murs sont restés nus jusque vers 1246.
Le Ronceray et l'église de la Trinité
Dès la fondation du Ronceray, avec le consentement du chapitre cathédral, les comtes attribuent aux religieuses une vaste paroisse dans la Doutre. Quatre prêtres-chanoines sont nommés pour servir la paroisse mais aussi la communauté des moniales. Avec l’essor du quartier de la Doutre, la paroisse primitive est divisée, donnant naissance à celle de Saint-Jacques, vers 1128. Parallèlement, le siège de la paroisse du Ronceray quitte la nef de l’abbatiale pour l’église de la Trinité, construite vers le milieu du 12e siècle.
Aux quatre prêtres-chanoines s’ajoutent alors trois diacres et des chapelains attachés au service paroissial. Joignant l’église du Ronceray avec laquelle elle communique, la Trinité accueille la prise de voiles des moniales ou l’installation et l’office funèbre des abbesses.
Une abbaye de femmes puissantes
dépôt de l’École d’arts et métiers d’Angers. (Musées d'Angers)
Les abbesses
Issues de grandes familles du royaume, les abbesses du Ronceray sont des femmes puissantes à la tête de sept prieurés, de nombreux bénéfices et d’un vaste fief urbain qui s’étend sur une grande partie de la Doutre.
L’implantation topographique explique la part active que les abbesses prennent dans la fondation, puis la gestion de l’hôpital Saint-Jean, ou dans les conflits de territoire avec les moines de Saint-Nicolas. Élues par les religieuses jusqu’en 1549, elles sont choisies par le roi de France après cette date, ce qui n’empêche pas de véritables lignages, la charge passant de tante en nièce. Ainsi, entre 1555 et 1650, se succèdent quatre abbesses issues de la famille de Maillé. Beaucoup sont elles-mêmes sœurs d’abbé ou d’évêque. Elles entretiennent une relation privilégiée avec les évêques d’Angers, qui sont présents à leurs côtés aux cérémonies les plus importantes.
La communauté des moniales
Selon les époques, le nombre des religieuses a varié entre 22 et 43. Pour rejoindre la communauté, les novices doivent attester de leur noblesse de rang et cèdent leur dot à la communauté. Celles qui prennent l’habit deviennent les professes. Parmi elles, les officières se démarquent par leur fonction, comme la dame de chambre qui porte la croix de l’abbesse, la doyenne, la secrétaine, l’aumônière, la cellérière, la chapelaine de Saint-Benoît, l’armoirière et la réfectorière.
Les religieuses partagent leur temps entre la liturgie des heures qu’elles chantent au chœur, la messe quotidienne célébrée par un prêtre-chanoine de la Trinité, des temps de méditation et d’examens de conscience, la pratique du chant, les travaux d’aiguilles et la broderie de parures d’autel. Bien que Notre-Dame-de-la-Charité soit un monastère bénédictin, enclos de murs, les religieuses ne sont pas soumises à la stricte clôture, comme les moniales de Fontevraud ou de Nyoiseau. Les Angevines peuvent recevoir ou sortir pour gérer leurs prieurés, visiter leur famille ou assister aux sépultures des évêques et chanoines de la cathédrale d’Angers.
L'habit fait la moniale
Leur habit d’une grande sophistication est souvent décrit par les chroniqueurs du 18e siècle, sans doute surpris par tant de luxe. Lorsqu’une novice prend l’habit, elle revêt une robe blanche et un surplis de dentelle tandis que sa tête est ceinte d’une couronne de fleurs et de pierres semi-précieuses. Devenue professe, la religieuse porte une robe noire à longue traîne avec des manches qui pendent presque par terre et qu’elle double pour les grandes cérémonies d’un fin tissu blanc plissé et empesé. Leur visage est enserré par une guimpe blanche, avec un plastron, tandis que leur chevelure est cachée par une coiffe en toile empesée recouverte d’un voile noir. Les abbesses portent la croix et l’anneau, symboles de pouvoir.
L'église et ses aménagements au service de la communauté
Pour suivre l’évolution de la liturgie, l’église a fait l’objet de nombreuses transformations que l’on peut appréhender en recoupant le nécrologue, les descriptions des 17e et 18e siècles et les vestiges en place. L’évêque Charles Miron interdit que, pendant la procession du Grand Sacre, les religieuses assistent à l’adoration du Saint-Sacrement mêlées aux chanoines et aux laïques. Pour le satisfaire, Simone de Maillé (1587-1642) inaugure en octobre 1627 un nouveau chœur boisé installé dans les dernières travées de la nef. Elle commande également le maître-autel, placé dans l’abside, en avant de celui dédié à la Vierge avec son tabernacle et ses statues en terre cuite réalisées au Mans, par Gervais II Delabarre. En 1776, ledit tabernacle est offert à la petite paroisse de Saint-Georges-des-Sept-Voies où il est toujours. Un décor de draperies feintes, associé au nom de Simone de Maillé, est conservé au mur est du vaisseau sud de la nef.
Après 1655, Antoinette Du Puy (1651-1666) fait recouper l’élévation romane des collatéraux et de la première travée de la nef d’un niveau de circulation. Accessibles depuis les dortoirs, ces tribunes décorées de tableaux, de statues et d’autels de dévotion permettent aux moniales de se retirer pendant le Grand Sacre, ou d’assister aux offices pour celles qui ne peuvent descendre au chœur. Charlotte de Gramont (1672-1701) fait habiller les murs du transept et des trois absidioles de panneaux moulurés et d’angelots, et ajoute deux autels. Anne-Marie-Louise de Belsunce de Castelmoron (1709- 1742) fait refaire et surélever le sol de la nef de plus d’un mètre, et fait installer dans la dernière travée de la nef, un autel à la romaine accessible par un emmarchement depuis la croisée. Cela oblige à modifier les boiseries du chœur des moniales et à reprendre les colonnes de la nef, agrémentées de consoles de style Rocaille. L’abbesse fait également ouvrir la porte monumentale du bras sud du transept, et finance un nouveau buffet d’orgues. La dernière intervention du 18e siècle porte sur la mise en œuvre d’un décor peint d’architectures simulant le marbre rose, sur les murs, arcs et voûtes des absidioles, sans que l’on puisse l’attribuer à une abbesse en particulier.
Les processions du grand sacre
Depuis au moins le début du 14e siècle, la ville d’Angers fêtait le Grand Sacre, le jour de la Fête-Dieu en un long cortège réunissant les représentants des corporations et des métiers, les chanoines, les hommes de loi et les médecins, les échevins, et les musiciens accompagnant l’évêque qui portait le Saint-Sacrement. Selon une organisation codifiée dès 1513, la procession du Grand Sacre partait de la cathédrale, traversait la Maine, faisait halte au Ronceray, où l’évêque déposait le Saint-Sacrement sur le maître-autel.
Après s’être recueillie, l’assemblée quittait l’église du Ronceray et rejoignait le Tertre-Saint-Laurent, station finale du cortège. Ce moment de fête qui célébrait la présence réelle du corps du Christ dans l’hostie a engendré de nombreuses commandes. Au Ronceray, la plus prestigieuse est celle des tapisseries de l’histoire du Saint-Sacrement, au début du 16e siècle. Lors de la Saint Marc le 25 avril, une autre procession reliait la cathédrale à l’église du Ronceray.
Les bâtiments abbatiaux
La splendeur de l’abbaye se mesure par l’ampleur des bâtiments réguliers dessinés à la fin du 17e siècle pour le collectionneur François-Roger de Gaignières. Quelques textes offrent des jalons pour comprendre leur développement. Ainsi, on peut attribuer à l’abbesse Françoise II d’Auvé une série de bâtiments et logis élevés vers 1540, en bordure de la rue de la Censerie. La réfection du cloître et des bâtiments abbatiaux est initiée par Antoinette du Puy (1651-1666) à partir d’un marché passé le 10 février 1655 avec Denis Aubry et Pierre Moreau. Elle fait également aménager l’entrée ouest vers la rue de le Censerie. Du temps de Charlotte de Gramont (1672-1701) s’achèvent la galerie orientale, marquée du millésime 1693 mais aussi le réfectoire, le noviciat et le palais des hôtes et des prédicateurs. Anne-Marie Louise de Belsunce de Castelmoron (1709-1742) fait aménager les jardins, dominés par une terrasse, construire les infirmeries, décorer la chapelle de Saint-Benoît, et s’offre, dans l’aile orientale, un oratoire précédé d’un cabinet aux parois en bois entièrement peintes.
Depuis la Révolution
La fin de l'abbaye et la ruine du chevet de l'église
Après le départ des religieuses en octobre 1792, la plupart des objets précieux sont dispersés ou fondus. Le chartrier est en partie brûlé. La belle-sœur de la dernière abbesse, Madame d’Aubeterre, parvient à racheter quelques tableaux et vases liturgiques, aujourd’hui conservés en Belgique. Les tapisseries du Saint-Sacrement sont acquises en 1793 par le comte et la comtesse Walsh de Serrant.
Les bâtiments connaissent alors plusieurs destinations : hôpital militaire entre 1793 et 1796, caserne de cavalerie en 1806, dont la construction projetée engendre la réalisation d’un plan très précis en 1803. L’église, désaffectée, s’apprête à perdre son chevet. L’agonie dure plusieurs années : en 1813, la tour du clocher menaçant ruine, les bois du beffroi sont vendus ; en 1818, l’architecte Louis François autorise la démolition de la tour avant qu’elle ne chute. Pendant la dépose, la voûte du bras sud s’écroule emportant avec elle la coupole de la croisée, la voûte de l’abside et la chapelle sud. En 1821, il ne reste du chevet que l’absidiole nord, quelques pans de l’abside et des gravats qui recouvrent la crypte, oubliée pendant quelques années.
L'école d'arts et métiers
En mai 1815, les bâtiments de l’ancienne abbaye du Ronceray accueillent les élèves de l’école d’arts et métiers de Beaupréau, fondée le 19 mars 1804, chassés par l’insurrection vendéenne des Cent-jours. Les salles de classes, dortoirs, bureaux et le logement du directeur s’installent dans les ailes du 17e siècle et le cloître est transformé en cour de récréation. Les jardins de l’abbesse disparaissent au profit d’ateliers où les 300 élèves pratiquent la menuiserie, la serrurerie, la fonderie et l’ajustage. La nef de l’église, séparée des parties orientales ruinées par un mur et une imposte vitrée, est transformée en chapelle. Contre la cloison qui l’isole, l’ancien autel à la romaine est complété d’un retable assemblé en 1816 à partir d’éléments du 18e siècle, sans doute ceux commandés par l’abbesse de Belsunce, mais aussi d’éléments plus anciens (soubassement, colonnes et pilastres et fronton du corps central). Les premières cartes postales montrent, outre l’autel et le retable décoré d’angelots, une Vierge de Pitié, ainsi qu’une grille de chœur. Dans un premier temps, le bras nord de transept accueille des latrines et la tribune nord, des salles de cours. Après la construction de la buanderie en 1862, le bras nord et l’absidiole sont aménagés en lingerie, tandis que le linge sèche dans les tribunes de la nef.
Les travaux des 19e et 20e siècles
Ensevelie sous les remblais, la crypte est redécouverte en 1857. Désolidarisée du Ronceray, elle est logiquement affectée à la Trinité après sa restauration conduite en 1862 et 1863 par l’architecte Charles Joly, dit Leterme. Ce dernier reconstruit les voûtes effondrées et refait vingt-six chapiteaux sur trente-deux. Sous l’ancienne absidiole sud du Ronceray restituée pour y placer les fonts baptismaux de la paroissiale, l’architecte aménage un nouvel accès à la crypte depuis l’église de la Trinité. Bien que classée monument historique dès 1840, l’église du Ronceray reste négligée. La nef sert tour à tour de chapelle, d’entrepôt, d’hôpital pendant la guerre 1914-1918, de salle d’examen.
Les premiers travaux d’envergure ne datent que du milieu du 20e siècle sous la direction de Bernard Vitry. Après la restauration de la charpente, d’énormes pinces en béton sont mises en œuvre dans les combles pour enrayer l’écartement des voûtes de la nef, entre 1956 et 1958. Cette opération délicate permet la découverte des peintures murales vers 1955, puis leur dégagement à partir de 1959. La mise en valeur s’accompagne de la réouverture des arcades des tribunes, closes de briques enduites. En 1974, le retable est nettoyé, et l’imposte vitrée est refaite et agrandie. Puis, en 1977, Pierre Prunet dirige la restauration de la façade sud donnant sur la place de la Laiterie. En 1988, le sol de la nef est décarrelé et recouvert de dalles de béton, tandis que les murs sont brossés.
L’église abbatiale est acquise par la ville d’Angers en 1998. Parallèlement à la restitution des volumes du chevet ruiné pour assainir les élévations conservées, entre 2000 et 2004, la façade ouest et la loge sur trompe sont restaurées en 2003.
Travaux récents et réouverture du lieu
Propriété de la Ville depuis 1998, l’église abbatiale du Ronceray avait ouvert au public dès 2000 mais son état dégradé et les mauvaises conditions d’accueil avaient engendré sa fermeture. Des études ont été réalisées en 2022 et 2023, suivies en 2025 de travaux visant à rouvrir au public ce monument majeur de l’architecture romane en Anjou. Les travaux de restauration, conduits par le cabinet Architrav, se sont concentrés sur les portails Monuments historiques de la place de la Laiterie, de la rue de la Censerie ainsi que de la cour occidentale. À l’intérieur, des aménagements ont été réalisés en bois dans un style résolument contemporain pour les distinguer des parties plus anciennes. Le bas-côté sud a fait l’objet d’un agencement particulier pour présenter un espace d’interprétation sur l’histoire de l’abbaye depuis sa fondation à travers des documents, maquette et objets lapidaires. Dans la nef, des expositions d’arts visuels, des concerts et événements culturels sont programmés.
Auteurs : Bénédicte Fillion-Braguet, historienne, chercheuse en histoire de l’art ; Stéphanie Vitard-Gibiat, responsable du service Angers Patrimoine, Ville d’Angers.
