La mairie

Enfance et famille, sécurité, logement, commerces… En ce début de mandat, le maire Christophe Béchu détaille ses priorités et les principales mesures à venir.

Les grandes orientations du nouveau mandat

En 2014, vous étiez le maire de l’alternance. En 2020, celui du Covid. Quel maire serez-vous en 2026 ?

C’est toujours la même émotion au moment de passer l’écharpe tricolore, mais avec des sentiments différents. À la première élection, vous ressentez une forme de vertige : vous avez convaincu vos concitoyens mais vous ne savez pas exactement à quoi vous attendre au quotidien. En 2020, toutes mes préoccupations étaient tournées vers les urgences sanitaires. 

Cette fois, la fierté d’avoir convaincu à nouveau les Angevins, et de l’avoir fait avec un score élevé, traduit une reconnaissance du travail accompli. C’est une marque de confiance qui m’honore. Et même si ce mandat sera d’abord dans la continuité du précédent, avec la conclusion des opérations extrêmement structurantes de renouvellement urbain des quartiers Belle-Beille et Monplaisir, il sera moins marqué par les aménagements et laissera davantage de place à l’humain.

Pouvez-vous, en quelques mots, présenter votre nouvelle équipe ?

Elle est composée de nombreux nouveaux visages. La moitié des élus de la nouvelle majorité découvrira les responsabilités liées à la fonction d'élu. Ils arrivent avec enthousiasme et envie, quitte à chambouler nos méthodes. C’est une fantastique occasion de ne pas nous reposer sur nos lauriers. Certains adjoints sont présents pour un troisième mandat mais avec des champs de compétences différents des précédents, ce qui amènera certainement un nouveau regard. J’en attends une réinterrogation sincère de nos pratiques. 

J’en profite pour rappeler que la collectivité est incarnée bien sûr par ses élus, mais aussi par ses agents. Je tiens à le souligner car les récents épisodes de crue ont montré à quel point ils étaient investis dans leurs missions. Ces événements ont été la plus belle démonstration de l’esprit de service public qui les anime. 

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L'enfance et la jeunesse

Dans vos priorités, vous citez l’enfance et l’adolescence comme grande cause du mandat. Pourquoi ?

La jeunesse incarne la colonne structurante d’une société parce qu’elle a vocation à prendre la relève dans tous les domaines. Mais à l’heure du vieillissement de la population, elle a tendance à disparaître des débats. Les jeunes peuvent légitimement se demander où est leur place et à quel moment on parle d’eux. Par ailleurs, en raison du Covid, un sentiment de mal-être s’est installé au cœur de toute une génération. Cette problématique a pris des proportions très inquiétantes. 

La parentalité représente aussi un défi qui justifie un soutien de la collectivité. Je pense aux mamans solo, mais aussi à la place prise par les écrans. Les enquêtes sur le temps qui y est consacré sont alarmantes, avec pour conséquence une baisse du niveau d’apprentissage si l’on compare les générations.

Quelle sera la traduction concrète de cette grande cause ?

Nous allons initier des Assises de l’enfance et de la famille avant l’été. Cette concertation associera tous les acteurs au contact des enfants et des familles pour pointer les domaines où l’action de la collectivité peut être efficace. L’idée est de faire émerger des propositions dans le courant de l’année. 

La focale est large, de la petite enfance à l’entrée dans la vie active, avec un accent particulier sur l’adolescence qui semble être le moment où se concentrent les enjeux et les besoins. Dans ce domaine, l’ambition est d’agir à l’échelle de l’agglomération grâce au Centre intercommunal d’action sociale, créé début janvier et qui anime le contrat local de santé. Ce dernier se concentre largement sur la santé mentale, avec un appui aux professionnels du secteur et aux jeunes.

Sur le sujet précis de la santé mentale, votre programme évoque le poids du harcèlement scolaire comme facteur aggravant. Comment la collectivité peut-elle agir pour l’endiguer ?

La question du harcèlement scolaire s’est invitée dans nos vies. La parole se libère et c’est tant mieux. Mais les faits augmentent, démultipliés par les réseaux sociaux. Dans une optique de prévention, l’idée est d’avoir dans chaque école élémentaire un référent harcèlement scolaire.

Cette mesure s’accompagne de l’installation de bancs de l’amitié, copiés sur le modèle scandinave. Le but est de signaler à tous les enfants et adultes d’un établissement qu’un camarade assis sur ce banc se sent en souffrance. C’est aussi donner l’opportunité aux enfants les plus petits de s’exprimer, notamment ceux qui ne maîtrisent pas encore l'écrit.

La lecture est aussi un enjeu ?

Oui et c’est pourquoi, dès la rentrée de septembre, un abonnement à un magazine sera offert à chaque élève de CE1 et de CE2. Cette mesure constitue une alternative aux écrans, encourage la lecture et crée une passerelle vers les bibliothèques du territoire.

Vous lancez une consultation sur le rythme scolaire et les temps d’activités périscolaires (TAP). Le but est-il de les remettre en question ?

Je n’ai jamais caché mon soutien aux temps d’activités périscolaires. Ces derniers amènent une offre éducative complémentaire aux enseignements traditionnels qui, eux, sont concentrés sur la matinée. Tous les spécialistes expliquent que c’est le rythme d’apprentissage le plus efficace. D’ailleurs, dans la quasi-totalité des pays qui nous entourent, la semaine des enfants est organisée autour de cinq matinées. 

Les TAP permettent aussi une ouverture à la culture, au sport ou encore à la citoyenneté, ce qui est également très important. Mais nous n’avons plus aucun financement de l’État. Cela représente un million d’euros de perte de subventions pour Angers. Notre ville est ainsi l’une des rares à avoir maintenu ce dispositif, abandonné par 90 % des communes en France. 

Je souhaite ainsi prendre le temps, au début du mandat, de réfléchir à la manière dont le rythme scolaire s’organisera mais aussi de recueillir le ressenti de la communauté éducative et des familles.

les actions à venir

  • Des Assises de l'enfance et de la famille avant l'été
  • Des actions en faveur de la santé mentale des jeunes via le Centre intercommunal d'action sociale (Cias)
  • Un référent dédié au harcèlement scolaire dans chaque école élémentaire
  • Un banc de l'amitié dans chaque école pour aider les enfants en souffrance
  • Un abonnement à un magazine offert à tous les élèves de CE1 et CE2
  • Une consultation sur l'organisation des rythmes scolaires

La sécurité

La sécurité est l’autre enjeu de ce mandat. Quel est le constat à Angers ?

Le programme que nous avons présenté s’appuie sur la parole des habitants. Or dans les réunions publiques, lors des permanences sans rendez-vous, sur tous les temps de rencontre formels et informels avec des milliers d’Angevins au cours de ces dernières années, j’ai constaté que cette demande de sécurité revenait avec insistance. 

Mon souhait est qu’Angers ne devienne pas comme Nantes. Au quotidien, on constate que, si le nombre d’actes illicites a baissé en 2025 dans tous les domaines, il progresse dans celui des actes violents. Mon équipe et moi-même sommes déterminés à ne pas céder un pouce sur ce terrain. Quand vous commencez à faire preuve de laxisme, il est de plus en plus dur de reprendre le contrôle. 

Selon moi, le premier devoir d’un maire est de protéger les habitants. Protéger au sens large, aussi bien contre les effets du dérèglement climatique que contre les actes d’insécurité. C’est pourquoi les effectifs de la police municipale vont augmenter dans une proportion plus importante : 25 postes supplémentaires seront créés pendant ce mandat, contre 15 durant chacun des mandats précédents. Par ailleurs 150 nouvelles caméras de vidéoprotection seront installées entre 2026 et 2032.

25 policiers

Le nombre de postes de policiers municipaux créés pendant ce mandat s'élèvera à 25, contre 15 durant le précédent. 

Vous prévoyez également de lutter contre l’insécurité routière. De quelle manière ?

J’ai été frappé durant la campagne par les nombreux témoignages d’Angevins inquiets des trottinettes qui slaloment dans les rues piétonnes et sur les trottoirs. Dans chacune de mes dix réunions publiques dans les quartiers, la question a été posée. Les effectifs de police supplémentaires permettront notamment de constater et verbaliser ces comportements.

Le logement

Concernant le logement, autre grande préoccupation des Français, l’objectif de la collectivité est-il de construire davantage ?

Mon objectif est qu'Angers reste une ville à taille humaine. Nous n’avons pas vocation à bâtir des tours pour accueillir toujours plus de population. En 12 ans, 12 000 logements ont été créés à Angers mais aujourd’hui, à cause du fractionnement des familles et du maintien à domicile de plus en plus long de nos aînés, il nous faut construire environ 500 logements par an rien que pour ne pas perdre d’habitants. Mon souhait est de produire 2 000 logements par an : 1 000 à Angers et 1 000 dans le reste de l’agglomération pour préserver un équilibre dans le territoire.

Faut-il continuer à construire des logements pour les étudiants ?

Avec les livraisons attendues à la prochaine rentrée, 3 000 logements étudiants seront sortis de terre depuis 2019. Mais soyons clairs, nous allons ralentir la cadence. La baisse de la natalité entraîne une diminution du nombre d’étudiants par génération. Pour la première fois depuis près de 20 ans, lors de la rentrée 2025, le nombre d’étudiants angevins n’a pas progressé. Cette tendance s’accentuera dans les prochaines années. 

L’enjeu n’est donc plus le volume, mais le prix. Les logements à coûts maîtrisés, portés par le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) et à vocation sociale, seront priorisés. Le but est aussi de ramener les étudiants vers ce genre d’habitation, plutôt que de voir les colocations se multiplier dans des logements plutôt destinés aux familles. Notre modèle, ce sont les résidences créées en partenariat avec l’Université, le Crous et Angers Loire Habitat sur le campus de Belle-Beille. Avec, en plus, le mérite d’éviter une trop forte concentration des étudiants dans le centre-ville.

Quid des logements sociaux ?

Leur nombre est plus important qu'en 2014. Nous allons poursuivre leur construction, notamment parce qu’au cours de ces dernières années nous avons été amenés à en détruire 991 dans le cadre du renouvellement urbain. Certains seront reconstruits à Angers, d’autres dans les communes de l’agglomération, dans une logique de mixité sociale. 

Dans les opérations immobilières, nous consacrons 25 % aux logements sociaux et 25 % aux logements abordables. L'ancien site de Thomson sera le prochain grand secteur de la ville à se transformer dans cette perspective.

2 000 logements

1 000 logements à Angers et 1 000 dans le reste de l’agglomération seront produits par an. Par ailleurs, avec les livraisons attendues à la rentrée, 3 000 logement étudiants seront sortis de terre depuis 2019.

Mon objectif est qu'Angers reste une ville à taille humaine.

 

Le commerce

Parmi vos priorités figure la volonté de redynamiser le centre-ville. Par quels moyens ?

Nous constatons un phénomène de décommercialisation lié au développement du commerce en ligne. Pour lutter contre cette tendance, nous devons proposer quelque chose de plus. C’est pourquoi la rue Saint-Aubin sera réhabilitée, végétalisée, pour inviter à la flânerie. 

C’est dans ce sens qu’ont été réaménagés les abords du château, pour étendre le centre-ville et renforcer son attractivité. Et c’est aussi dans ce contexte que s’inscrit la réflexion sur l’extension du plateau piétonnier, à commencer par la place de l’Académie dont les travaux seront lancés dans les prochains mois. 

Enfin, en 2014, ma première décision à l’échelle de l’agglomération a été le moratoire sur la création de nouvelles zones commerciales. Ce moratoire s’applique toujours et sera reconduit pour la durée de ce mandat.

Vous parlez aussi d’attirer de nouvelles enseignes, notamment nationales ?

L’Agence de développement économique Aldev endossera cette mission de prospection de nouvelles enseignes. Le niveau des loyers pose aussi problème pour les indépendants. La collectivité s’autorisera des rachats ciblés pour lutter contre les vacances prolongées de commerce, au travers d’une foncière. 

Notre action passe aussi par la mise en place d’un interlocuteur privilégié des commerçants, dont le rôle sera de résoudre les problèmes existants mais aussi de proposer des idées pour les éviter.

Pas d'augmentation des impôts

Quelles mesures de ce mandat vous tiennent particulièrement à cœur ?

Je veux insister sur l’engagement que je prends à nouveau, comme depuis 2014, de ne pas augmenter les impôts pendant les six prochaines années. La question du pouvoir d’achat se réinvite durement dans le quotidien des familles avec la hausse du prix des carburants. Même si nos leviers ne sont pas infinis, j’estime que c’est à la collectivité de faire des économies et non pas aux Angevins. 

Ensuite, ce qui de tous temps abîme la politique, ce sont les promesses non tenues. Nous avons réalisé 95 % de nos engagements entre 2014 et 2020, et 90 % entre 2020 et 2026. Je compte me rapprocher le plus possible des 100 % lors de ce nouveau mandat. 

Ce qui me tient à cœur également ? La proximité. La concertation est notre marque de fabrique. Les permanences sans rendez-vous et les réunions de quartier seront, encore ces prochaines années, autant d’occasions de m’interpeller sans filtre.

Nous avons réalisé 95% de nos engagements entre 2014 et 2020, 90% entre 2020 et 2026. Je compte me rapprocher le plus possible des 100% lors de ce nouveau mandat.

"L'humain au cœur des priorités du nouveau mandat à Angers Loire Métropole"

Santé, solidarités, transition écologique… découvrez les enjeux du nouveau mandat à l'échelle de l'agglomération, dans une interview de Christophe Béchu à l'occasion de sa réélection en tant que président d'Angers Loire Métropole.

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