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L'économie angevine à l'épreuve de la crise

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Economie // Emploi

Au 23 avril, près de 12000 demandes d’activité partielle émanant du département avaient été déposées auprès des services de l’Etat. Quelle que soit leur taille, les entreprises du territoire ont tenté, autant que possible, d’amortir le choc de la crise sanitaire.

S'il est une chose que la crise sanitaire liée au Covid-19 aura permis de libérer sur le territoire angevin, c'est bien la boîte à idées. Depuis le 16 mars dernier, s'en échappent quantités d'initiatives publiques et privées en de multiples domaines. De fait, la sphère économique du territoire n'a pas échappé à cet élan d'inventivité sans précédent. A l’image du "prêt de main-d’oeuvre" qui a permis à quatre salariés de Scania Production de rejoindre l’entreprise Kolmi-Hopen. Dans l’oeil du cyclone, celle-ci a dû, début mars, gonfler ses effectifs dans l’urgence pour répondre notamment à la commande de l’Etat en matière de production de masques médicaux et de protections diverses à usage unique, destinés aux centres de soin et aux professionnels de santé (lire ci-dessous). 

"L’agence de développement économique d’Angers Loire Métropole, Aldev, nous a aidés à enclencher cette démarche via sa plateforme ‘Partageons nos compétences’. Ensuite, tout s'est joué d'entreprise à entreprise en lien avec la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIREECTE) et Pôle Emploi", relate Jean-Philippe Martin, responsable de la communication Scania Production. "Deux chefs d'équipe et deux opérateurs ont ainsi pu prêter mains fortes à Kolmi-Hopen. Au-delà de l'intérêt que cela a pu avoir à titre individuel, il s‘agit d’une démarche interentreprises solidaire, intelligente et qui, pour Scania en tout cas, reste sans précédent." Depuis, les quatre collaborateurs de Scania ont regagné leurs propres troupes. Parmi les seules grandes entreprises à avoir arrêté net son activité dès le premier jour de confinement, Scania Production a en effet repris le travail "de manière progressive" à Angers, lundi dernier 27 avril.  

Prêt de main-d’oeuvre à but non lucratif

"Dans le contexte actuel, où l’activité vient plutôt à manquer voire à s’arrêter totalement, c’est le seul exemple que nous pouvons citer en matière de prêt de main-d’oeuvre, et cela n’étonnera personne", poursuit la directrice de la DIRECCTE, Marie-Pierre Durand. "Cet échange de personnel entre Scania et Kolmi-Hopen a bien fonctionné car il s’est construit au sein d’un collectif réactif où chaque partenaire est intervenu sur son champs de compétences: la Chambre de commerce et d’industrie a mobilisé son réseau de professionnels pour aider Kolmi dans cette urgence; Pôle Emploi est intervenu sur la qualification des compétences requises et le profil des candidats; Aldev a agi au travers de sa plateforme ‘Partageons nos compétences’. Quant à la DIRECCTE, nous avons apporté un cadre juridique, via des modèles d’avenants aux contrats de travail et de conventions inter-entreprises, afin de sécuriser employeurs et salariés dans ce que l’on appelle le prêt de main-d’oeuvre à but non lucratif."

Près de 11 500 demandes d’activité partielle

Cet épisode heureux ne pourra hélas en rien obstruer celui, très délicat, que traverse la grande majorité des acteurs économiques du territoire, et ceci quelle que soit leur taille.  "Nos services ont été pris d’assaut au téléphone et par mails sur les questions de l’activité partielle notamment. Sur la période du 15 mars au 15 avril, nous avons enregistré près de 1300 appels et près de 180 mails, et je ne parle pas de tout ce que cela génère comme volumes de dossiers à traiter derrière, ajoute Marie-Pierre Durand. Aujourd’hui, nous sommes davantage dans la gestion des dossiers. C’est maintenant qu’interviennent en effet les premiers versements et indemnisations. Cela représente un volume énorme et bien évidemment inhabituel. L’autre grand pan de notre activité durant cette période, c’est aussi l’accompagnement des professionnels à l’approche du déconfinement, dans la manière d’appliquer les mesures barrières au sein de leur cadre professionnel. En cela, le site internet du ministère du Travail peut les y aider via des fiches pratiques, élaborées métier par métier, poursuit la directrice de la DIRECCTE. Au 23 avril, nous avions reçu 11455 demandes d’activité partielle pour le département, pour un effectif total de 125946 salariés. Trop tôt pour dire quel secteur est le plus touché, mais il est évident que le commerce de proximité est très impacté, et notamment les bars et restaurants." Ceux-ci devront encore patienter jusqu’au 2 juin pour savoir dans quelles conditions ils pourraient rouvrir leurs tablées et terrasses.

Photo de production à l'usine Sacnia.
Seule grande entreprise à avoir stoppé net son activité le 16 mars dernier, Scania a repris le travail de manière progressive depuis le lundi 27 avril. Auparavant, quatre collaborateurs avaient prêté main forte au fabricant de masques médicaux Kolmi-Hopen. (Photo: Léonard de Serres/archives Angers Loire Métropole)

Kolmi-Hopen: 3,5 millions de masques par jour d’ici l’été

Photo de Gérard Heuliez, directeur de Kolmi.
Gérard Heuliez, directeur de l'entreprise Kolmi où les machines tournent jour et nuit, sept jours sur sept. (Photo: Kolmi-Hopen)

Kolmi-Hopen, c’est un peu le contre-exemple d’une vie économique passée au ralenti à cause de la crise sanitaire, lorsque ce n’est pas au point mort. "La crise de la grippe H1N1, c’était gentillet à côté de ce que nous vivons aujourd’hui", confirme son dirigeant Gérald Heuliez. Quasi inconnue du grand public hier, l'entreprise Kolmi, basée à Saint-Barthélemy-d’Anjou depuis près de quarante ans, fait aujourd’hui presque figure de héros national dans la bataille du masque médical et des autres protections à usage unique dont le monde soignant a tant besoin. Discrètement mais sûrement, Kolmi restait -jusqu’il y a peu- l’unique entreprise à fabriquer ce type de matériel sur le sol français et européen. "L’histoire nous aura donné raison de tenir bon devant la concurrence asiatique. J’espère juste que les décideurs français s’en souviendront au moment d’attribuer les futurs marchés", sourit le dirigeant. Et en ce qui concerne la mise en lumière occasionnée par la visite du chef de l’Etat le 31 mars dernier: "Franchement, cela a apporté une bouffée d’oxygène aux équipes, très motivées mais très sollicitées", admet Gérald Heuliez.

Forte campagne de recrutement en mai et juin

Sollicitée, l’entreprise ne l’aura jamais autant été, et notamment depuis que la source chinoise s’est tarie. Jusqu’au 31 mai minimum, la production de Kolmi de masques et autres protections médicales est réquisitionnée par l’Etat, via l’agence Santé publique France qui se charge de sa redistribution dans les centres de soins et auprès des personnels médicaux. Pour Kolmi, l’histoire ne va pas s’arrêter là. Plus que jamais dans l’oeil du cyclone, l’entreprise -qui est passée d’une production de 300000 pièces par jour à un million en l’espace de deux mois à peine- se donne comme nouveau challenge d’atteindre les 3,5 millions de produits usinés quotidiennement d’ici à juillet.

"Notre parc machines tourne de jour comme de nuit, tous les jours de la semaine, dimanche inclus; et ça va continuer", assure encore le directeur, qui annonce "une forte campagne de recrutement en mai et juin". Les chiffres parlent d’eux-mêmes: en décembre dernier, le site angevin comptait 102 salariés, aujourd’hui, ils sont 150 à se relayer, et demain, ils seront près de 220.

"Pour relever ce défi de produire beaucoup plus, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) et la Direction régionale des entreprises de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE) nous ont vraiment été d’une grande aide. C’est comme cela aussi que nous avons accueilli quatre collaborateurs de Scania Production Angers, venus prêter mains fortes à nos personnels. Il s’agissait d’une première pour nous. Aujourd’hui, ce que nous voulons, c’est du personnel qui reste", conclut Gérald Heuliez.

Innovations et dispositifs d’urgence

Les commerces (excepté les commerces de bouche), les bars et les restaurants notamment, ont dû baisser le rideau d’une manière brutale le 16 mars dernier. Lorsque cela est possible, nombre d’entre eux ont choisi de s’adapter en innovant. C’est le cas, par exemple, des Frères Toque. Créée voici cinq ans, l’entreprise 100% angevine est spécialisée dans la livraison à vélo de repas commandés chez une quarantaine de restaurateurs et partenaires locaux. A Pâques, les Frère Toque ont préféré prendre le contrepied du confinement en s’alliant avec les Chocolats Benoit pour les livraisons de chocolats à domicile. Même alliance avec les boulangeries Bécam pour permettre aux télétravailleurs ou aux salariés isolés d’agrémenter les pauses déjeuners.

Le 20 avril, c’était au tour des commerçants angevins de lancer leur site marchand "Angers Shopping". Cette solution innovante et de bon augure pour la transition numérique du commerce de proximité a d’ores et déjà séduit près de 230 commerçants angevins et de la première couronne de l’agglomération.

Pour aider les entreprises, et notamment celles dont la trésorerie est la plus fragile, l’agence de développement économique d’Angers Loire Métropole, Aldev, a fait savoir début avril qu’elle n’encaisserait pas les loyers d’avril et mai des 137 locataires hébergés au sein de son patrimoine immobilier économique.

Toujours dans cette même idée de soutenir les forces vives de l’économie, Angers Loire Métropole abondera de 600000 euros (2 euros par habitant) le Fonds territorial "Résilience" créé par la Région et la Banque des territoires pour venir en aide prioritairement aux entreprises de dix salariés et moins.

Les différentes mesures d'urgence proposées aux entreprises sont à retrouver dans une rubrique dédiée spécialement créée sur le site d'Aldev.

600 000 euros

La somme qu’Angers Loire Métropole va attribuer au fonds territorial Résilience déclenché par la Région et la Banque des territoires pour venir en aide aux entrepreneurs, micro-entrepreneurs et très petites entreprises (TPE) de moins de 10 salariés notamment, qui pourront se voir attribuer une avance remboursable d’un montant compris entre 3500 et 10000 euros afin de répondre à leurs besoins de trésorerie.
Renseignements: resilience(at)paysdelaloire.fr

Giffard: de la Menthe-Pastille à la solution hydro-alcoolique

Photo des cuves solution hydroalcoolique chez Giffard.
Les cuves de solution hydroalcoolique côtoient les cuves de Menthe-Pastille, du jamais vu chez Giffard. (Crédit: Giffard)

Il s’agit presque d’un retour aux sources pour l’entreprise Giffard. La célèbre Maison, fondée voici 135 ans par Paul-Emile Giffard, pharmacien de son état, n’est pas du genre à baisser les bras. Aux premiers instants de la crise sanitaire, c’est sans hésitation que ses dirigeants (frère et soeur) Edith et Bruno Giffard ont cédé gracieusement une bonne partie de leur stock d’alcool neutre à la Faculté de santé d’Angers pour permettre à ses pharmaciens et étudiants de fabriquer en urgence gel et solution hydro-alcooliques. "Depuis, nous nous sommes mis nous aussi à fabriquer de la solution hydro-alcoolique. En six jours seulement, et grâce à une forte motivation en interne, nous étions en ordre de marche pour organiser les process. Nous avons obtenu les autorisations très rapidement. Le doyen de la Faculté est venu en personne nous apporter la recette de la solution et nos productions ont pu commencer. La distribution a été gérée via l’Agence régionale de Santé et les centres répartiteurs qui font suivre auprès des Ehpad, hôpitaux, centres Covid-19..., explique Edith Giffard. Quant au conditionnement, c’est assez cocasse, nous avons fait avec ce que nous avions, c’est à dire des bag in box (bib) de trois litres..."

7 000 litres supplémentaires

Le 21 avril dernier, la Faculté de santé d’Angers exprimait un nouveau besoin de 7000 litres, qui viendront s’ajouter aux 20000 déjà produits. "A ce jour, la quasi-totalité de nos cent salariés est placée en chômage partiel. Seules de petites équipes se relaient à tour de rôle pour travailler dans notre unité d’Avrillé; une manière de permettre à chacun aussi de revenir un peu au travail. A ce jour, c’est la seule activité qu’il nous reste..."

Le chiffre d’affaires du liquoriste repose en effet à 80% sur les bars et les restaurants. "Aujourd’hui, tout est fermé et nous ne connaissons pas encore la date de réouverture. Le fait d’être présent dans 80 pays ne change rien à l’affaire. Tout est bloqué. Qui aurait pu imaginer une telle situation?", interroge la dirigeante, qui assure cependant que "tous les emplois seront sauvegardés".

Pour cela, Giffard va surfer sur la vague des besoins annoncés en solution hydro-alcoolique à l’heure du déconfinement, à partir du 11 mai, puis crescendo les mois suivants. "A l’entrée des boutiques, dans les entreprises, dans les bureaux, dans les écoles, tout le monde va en avoir besoin en très grande quantité, comme le groupe Gémo-Eram qui nous a déjà passé une grosse commande", renchérit Edith Giffard.

Sur site, à Avrillé, l’image est inédite. A l’étape du conditionnement, se côtoient en effet cuves de solution hydro-alcoolique et cuves de Menthe-Pastille. Plutôt inhabituelle comme situation pour le liquoriste qui fabrique aussi sirops haut-de-gamme, crèmes de fruits, spiritueux... " Tant que nous ne pourrons plus vendre, nos stocks resteront pleins y compris dans notre nouvelle unité de Saint-Léger-des-Bois dédiée à la fabrication des sirops", constate la chef d’entreprise.

Mardi dernier 28 avril, le Premier ministre ne s’est pas avancé sur une date de réouverture des bars et restaurants. Pour en savoir plus, il faudra patienter encore jusqu’au 2 juin. Ce qui revient, pour les équipes de Giffard à croiser les doigts en regardant l’avenir, et en continuant à s’adapter au présent.

"En cette période de confinement, il existe des secteurs qui recrutent"

Portrait de Gwénaëlle Maillard-Pilon,  directrice de Pôle Emploi Maine-et-Loire
Gwénaëlle Maillard-Pilon,
directrice de Pôle Emploi Maine-et-Loire. (Photo: Thierry Bonnet/Ville d'Angers)

Comment vos services se mobilisent-ils depuis le début du confinement pour accompagner les personnes sans emploi ou privées d’activité?
Nos conseillers restent mobilisés en télétravail, essentiellement pour assurer l’inscription des demandeurs d’emploi. Ces rendez-vous se font au téléphone ou par visioconférence lorsque cela est possible. Il est important de le savoir: Pôle Emploi poursuit ses missions essentielles. Les formations qui étaient programmées sont également dispensées lorsque la technologie le permet. Pour le reste, nous sommes bien évidement très attentifs aux capteurs économiques qui nous permettent d’anticiper certaines situations. Deux de nos conseillers ont, par exemple, été détachés pour travailler en lien étroit avec les services de la Chambre de commerce et d’industrie et avec l’agence de développement économique d’Angers Loire Métropole notamment. Nous essayons d’avoir un rôle de facilitateur pour tout ce qui a trait aux ressources humaines, comme cela a pu être le cas dans le prêt de quatre salariés de Scania Production pour répondre à l’urgence de Kolmi-Hopen, le fabriquant de masques médicaux et protections diverses à Saint-Barthélemy-d’Anjou.

Tous les secteurs économiques seront-ils affectés par la crise sanitaire et le confinement de la même manière?
Il est beaucoup trop tôt pour faire ce type d’analyses, mais on peut imaginer que les situations seront très diverses. En cette période de confinement, il existe en revanche des secteurs qui recrutent. Nous venons de parler de Kolmi-Hopen. On peut aussi citer les secteurs médicaux-sociaux, très sollicités, la grande distribution, l’agroalimentaire ou encore l’agriculture. A l’échelle de la France, cela représente près de 13000 offres d’emploi à pourvoir en urgence, et à l’échelle de notre territoire, près de 130 offres. Celles-ci sont déposées directement par les professionnels sur la plateforme "Mobilisation Emploi" que Pôle Emploi a très vite mis en place pour répondre aux situations d’urgence. Ces offres s’adressent aussi aux personnes actuellement sans activité et qui souhaitent soutenir les secteurs prioritaires.
mobilisationemploi.gouv.fr

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