Visite guidée

Vue Panoramique

Vue Panoramique 360

Visite guidée du Grand Théâtre

Avez-vous jamais visité le Grand Théâtre d’Angers ? Vous êtes-vous interrogé sur le sens de ces personnages accrochés aux cieux de la coupole, sur les auteurs des sculptures visibles sur la façade ? Nous vous proposons une brève visite dans les détails de ce bâtiment d’arts foisonnant.

Le Grand Théâtre est l’un des joyaux de l’architecture angevine, mais si sa façade remarquable sur la Place du Ralliement est une œuvre à part entière, les plafonds de la coupole et du grand foyer coordonnent deux espaces magnifiques symboles de la richesse d’Angers et de la décoration chamarrée de la fin du XIXe siècle.

 

La façade, entre France et Italie

Belle expression de l’Éclectisme, la façade s’inspire des grandes compositions françaises des XVIe et XVIIe siècles, fortement articulées et axées sur un avant-corps monumental : un parti très différent de l’Opéra Garnier, dont la longue façade répétitive, plus usuelle pour ce type de programme, se réfère à l’Italie du XVIe siècle. Mais celle-ci n’est pas absente du théâtre d’Angers.

En effet, la partie centrale évidée par des colonnes superposées (porche du vestibule et loggia du grand foyer), ou bien la fenêtre thermale en couronnement (fenêtre semi-circulaire recoupée par deux meneaux) nous renvoient à l’architecture d’Andrea Palladio, grand architecte de la Renaissance italienne.

Pour le décor figuré, la municipalité impose d’anciens élèves de David d’Angers, en hommage à ce grand sculpteur. Les quatre statues représentent la Poésie lyrique, la Tragédie, la Comédie et la Musique, cette dernière œuvre due au plus renommé d’entre eux, Hippolyte Maindron.

Les trois bustes du niveau supérieur figurent des compositeurs, Grétry, Méhul et Lully, tandis que deux groupes, la Musique, la Satire et le Drame à gauche, la Renommée, l’Éloquence et l’Histoire à droite, couronnent l’avant-corps central.

La salle de spectacle

L’aménagement de la salle de spectacle et du grand foyer est dû à Auguste Magne. La salle pouvait accueillir jusqu’à 1 160 spectateurs (aujourd’hui d’une capacité de 728 places, ramenée à 628 pour les spectacles lyriques afin de favoriser une meilleure visibilité). Son plan traditionnel, « en fer à cheval », prend pour modèle « la salle à l’italienne », conçue au XVIIIe siècle au théâtre royal de Turin et diffusée ensuite dans toute l’Europe. Mais les balcons largement ouverts ont une disposition bien française, plus adaptée aux mondanités que les loges transalpines.

L’élément majeur est la coupole peinte par Jules-Eugène Lenepveu, artiste angevin qui venait d’achever celle de l’Opéra de Paris, aujourd’hui masquée par l’œuvre de Chagall. Le thème des quatre Éléments – l’Air, la Terre, l’Eau et le Feu – est symbolisé par autant de groupes mythologiques :

  • l’apothéose d’Apollon
  • le triomphe de Bacchus
  • la toilette de Vénus
  • l’enlèvement de Proserpine.
la toilette de Vénus
le triomphe de Bacchus
l’enlèvement de Proserpine

Ces forces naturelles qui régissent l’existence humaine constituaient une illustration idéale des passions représentées sur une scène de théâtre. L’artiste reprend ici la formule baroque de la perspective « aspirante », composition savante où chaque motif est une prouesse illusionniste.

Le grand foyer

Placé à l’étage noble des premiers balcons, le grand foyer est traité à la manière des galeries d’apparat qui agrémentaient les grandes demeures françaises aux XVIe et XVIIe siècles. Ici encore, l’effet se concentre dans la richesse du plafond peint et doré à caissons. Due au peintre parisien Alexis-Joseph Mazerolle, collaborateur de Magne au théâtre du Vaudeville, une coupole centrale reprend les thèmes des statues extérieures, la Danse remplaçant ici la Poésie lyrique.

Détail : la musique

Sur un fond resté inachevé, les quatre allégories sont traitées en grisaille, selon une manière sculpturale qui fait écho à la coupole de Lenepveu. Les voûtes latérales, consacrées à la Musique (à droite en entrant) et au Drame (à gauche), sont l’œuvre du peintre décorateur angevin Jules Dauban. Ces compositions complexes mêlent représentations allégoriques et portraits. Les grandes périodes et les mouvements artistiques y sont célébrés, de l’Antiquité au Romantisme, ainsi que d’éminentes figures comme Mozart, Beethoven ou Rossini, Eschyle, Shakespeare ou Molière.

Les coulisses du Grand Théâtre

Au-delà des endroits ouverts au public, le Grand Théâtre garde pour beaucoup ses mystères. Nous vous proposons, à notre suite, de découvrir l’envers du décor, les lieux insolites et oubliés, les vestiges des tréfonds du sous-sol ou les vues improbables sur le toit du Théâtre, sur la marqueterie ancienne du foyer, sur les dessous de scène…

 

Olivier Biguet, Conservateur du patrimoine, Ville d’Angers
Dominique Letellier, Chercheur, service régional de l’Inventaire, DRAC des Pays de la Loire
Etienne Petit