Une école pour tous

Chroniques historiques de "Vivre à Angers"

Cent vingt-cinq se sont écoulés depuis sa fondation, mais l’Institut municipal reste fidèle à ses principes originels : diffusion de la culture pour tous, formation permanente. 2 900 heures de cours sont proposées, 240 conférences par an. Chaque semaine, 2 500 à 3 000 personnes le fréquentent.

Façade de l'Institut municipal, place Saint-Eloi. Juin 2006. Cliché Thierry Bonnet.

L’Institut municipal puise ses racines dans l’école préparatoire à l’enseignement supérieur des sciences et des lettres, créée à la demande de la municipalité par décret impérial du 7 juillet 1855 et ouverte le 7 février 1856 dans l’ancien petit séminaire (rue du Musée, actuelle place Saint-Éloi). Angers n’avait plus d’université depuis la Révolution et venait d’être piquée au vif par la création d’une école préparatoire chez sa rivale, Nantes.C’est aussitôt le succès, mais l’ardeur retombe vite. Jugeant inutile une école sans élèves, la municipalité la supprime au 1er octobre 1885 et fédère l’enseignement des arts au sein de l’école régionale des beaux-arts. Les autres cours - chimie, physique, histoire naturelle et botanique, histoire, littérature – sont réunis sous le nom de Cours municipaux, cette fois sans rattachement au ministère de l’Instruction publique, et ouverts le 23 octobre 1885, toujours rue du Musée. Ils sont destinés aux jeunes gens désireux de compléter leur instruction par des cours du soir ; aux personnes qui souhaitent se tenir au courant des dernières découvertes ; aux commerçants et industriels qui doivent pratiquer les langues étrangères. Les cours gratuits d’allemand et d’anglais créés à l’école Bodinier en 1879 y sont transférés en 1893.

Rayons X au laboratoire…

Si les auditeurs se montrent empressés, c’est surtout grâce aux conférences sur des sujets d’actualité instaurées en 1891 et aux laboratoires de physique et de chimie, très outillés. Au printemps 1896, M. Bleunard, directeur des Cours municipaux de 1891 à 1904, fait profiter les Cours des expériences sur les rayons cathodiques menées à Angers par César Sarazin, après la toute récente découverte des rayons X par Röntgen. Commentaire du maire Jean Joxé : « En somme, il faut, pour plaire au public, de l’utilité et de l’actualité ». Les Cours peuvent ainsi résister aux attaques du maçon Roussechausse, conseiller municipal qui trouve monstrueusement scandaleux que l’heure de cours soit à plus de 33 francs, alors que le prix de l’heure d’un ouvrier maçon est sensiblement plus bas…

Malheureusement, la fréquentation retombe après la première guerre mondiale. Le faible budget fond avec l’inflation, malgré l’ingéniosité légendaire du directeur, Préaubert, pour pallier le manque de crédits ! Faute de pouvoir entretenir les laboratoires, les cours de physique (1926) et de chimie (1938) sont supprimés et les instruments scientifiques donnés au collège Joachim-du-Bellay en 1935.

Doit-on les supprimer ?

Une relance est tentée en 1927, avec notamment des cours de technique automobile… Le succès ne dure pas et le conseil municipal de juin 1936 faillit supprimer les Cours. Il faut dire que le bâtiment qui les abrite est une quasi-ruine, en partie démoli en 1937 pour créer la place Saint-Éloi. À la rentrée de décembre 1938, les Cours sont transférés 3, rue des Ursules. Quatre ans plus tard, ils regagnent la place Saint-Éloi, dans le bâtiment réaménagé où ils se trouvent encore actuellement.

La municipalité nommée par le gouvernement de Vichy accorde beaucoup d’importance aux cours gratuits, pour façonner de nouvelles générations à son idée. À l’automne 1941, ils sont rebaptisés « Institut municipal angevin d’études philosophiques, littéraires et sociales » et même, deux ans plus tard, « Institut d’Anjou ».

Partie prenante de la vie culturelle

Après 1944, les Cours municipaux gardent leur titre plus gratifiant d’Institut, l’idée régionaliste et l’enseignement de l’histoire de l’art, repris par René Letellier, sous la direction duquel l’établissement débute une phase ascendante. L’activité n’est plus limitée aux seuls cours et conférences. Des voyages de découverte du patrimoine architectural sont organisés. Le cours de littérature connaît des soirées mémorables. En mars 1951, Jacques Bonnot présente une soirée d’audition des grands acteurs du XXe siècle, de Sarah Bernhardt à Barrault et Dullin. Ludmilla Pitoëff vient lire la tragédie de Cocteau, « Orphée », le 21 mai 1951.

À partir de 1967, avec la création d’un laboratoire de langues, l’Institut municipal fonde sa croissance sur la diffusion des langues étrangères. Après l’espéranto, l’espagnol, l’italien (1961), le russe (1968), l’arabe (1979), le français pour étrangers (1980), l’offre devient encore plus large à partir de 1986 avec la création d’Anjou Interlangues, en association avec les universités catholique, d’État et l’Essca. Arabe, chinois, hongrois, japonais, néerlandais et russe sont proposées dans ce cadre. La présence de l’Institut est un élément favorable à l’installation de nouvelles entreprises étrangères. On doit aussi à son directeur Michel Leterme le jumelage Angers-Wigan, fruit des liens noués en 1978 avec les cours d’adultes de Tyldesley, dans le district de Wigan.

L’Institut du XXIe siècle amplifie ses vocations antérieures, notamment l’ouverture sur le monde contemporain, souvent en partenariat avec des institutions et des associations connues dans la ville. Paris mis à part, peu de villes françaises peuvent se vanter d’offrir de telles possibilités, sinon dans le cadre associatif de quelques universités populaires.

Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

Les directeurs de l’établissement et leur spécialité

  • Albert Bleunard – 1885-1905 – chimie
  • Ernest Préaubert – 1905-1933 – physique
  • Jean Limouzin – 1933-1945 – littérature
  • Raymond Ledrut – 1945-1946 – philosophie
  • Marc Flandrin – 1946-1950 – littérature
  • René Letellier – 1950-1977 – histoire et géographie, histoire de l’art
  • Michel Leterme – 1977-1995 – anglais
  • Jacques Laugery – 1995-2001 – géographie
  • Jean-François Charreau – 2001 – 2009 littérature
  • Philippe Le Picart – janvier –  juillet 2009
  • Bernard Lecoq – 2009 - 2015
  • Yves Le Villain - 2015

Programme des premiers cours municipaux

  • Littérature française au XVIe siècle (M. Robineau)
  • Histoire de France et de l’Europe de 1810 à 1830 (M. Guy)
  • Physique : l’électricité dynamique et ses applications industrielles (M. Préaubert)
  • Chimie : métalloïdes et métaux, applications industrielles (M. Bleunard)
  • Histoire naturelle : zoologie (nutrition, circulation, respiration…), botanique (M. Lieutaud)
  • Allemand (M. Durget)
  • Anglais (M. Devin)