Laissez-vous conter quelques édifices remarquables de la Doutre

Un cadre champêtre Outre-Maine

Hôtel Sabart, passage de la Censerie, hôtel de Beauvau, clichés Frédéric Chobard et Stéphanie Vitard
Hôtel Sabart, passage de la Censerie, hôtel de Beauvau, clichés Frédéric Chobard et Stéphanie Vitard

Le quartier de la Doutre, désignant la rive « Outre Maine » face au centre d’Angers, présente un patrimoine riche et diversifié. Organisé en bourg monastique à partir du XIe siècle, il se développe suite à la fondation de l’abbaye Notre-Dame de la Charité (actuelle abbaye du Ronceray).Très prospère, le quartier évolue rapidement profitant de la proximité de la rivière pour ses activités. À la demande d’Henri II Plantagenêt,l’hôpital Saint-Jean est fondé vers 1180 au nord-est du quartier. Au XIIIe siècle,cette rive droite est insérée dans la vaste enceinte de saint Louis qui enveloppe désormais toute la ville. Le quartier s’organise en deux secteurs inégaux : l’un à vocation commerçante et artisanale autour de la rivière ;l’autre plus résidentiel. Les notables angevins sont attirés vers les hauteurs du nord-ouest du quartier, par le cadre champêtre, propice à l’édification de grandes demeures. Ils délaissent donc progressivement la partie basse au profit des artisans et ouvriers.Différentes communautés religieuses suivent également ce mouvement et s’y installent, les Augustins au XIVe siècle, puis les communautés réformées du Calvaire et du Carmel. Au nord du passage de la Censerie,la présence de nombreux hôtels particuliers atteste le caractère résidentiel de ce secteur. Souvent disposés entre cour et jardin et protégés de la rue par de hauts murs de clôture, ils sont bâtis dans des matériaux locaux : le schiste et le tuffeau réservé principalement aux chaînages, corniches et lucarnes.Cette architecture de grands logis en pierre contraste avec les maisons en pans-de-bois des commerçants et des artisans largement représentées autour de la place de la Laiterie.

1- Hôtel de Beauvau, puis hôtel
de Montiron (XIIe-XIXe s.)
7-9, bis rue de la Harpe
L’hôtel de Montiron est à l’origine un vaste manoir médiéval. Construit au XIIe siècle, il est l’un des plus importants témoins de l’habitat médiéval à Angers. Il conserve une porte monumentale visible sur le pignon sud-ouest, depuis l’impasse du Sauvage qui formait l’accès primitif. De style roman, ce portail est constitué d’une large voussure* en plein cintre,reposant sur des colonnes à chapiteaux sculptés. Identifié comme un manoir seigneurial, ce logis est propriété du couvent des Augustins du XIVe siècle à la Révolution. Avec le développement du quartier, l’édifice se voit transformé.L’entrée est réorientée vers une cour d’entrée rue de la Harpe. Au XVIIe siècle le logis, que l’on peut désormais qualifier d’hôtel, connaît d’importants travaux, telles la surélévation du logis,la construction de l’aile gauche entre cours d’honneur et des communs, et l’édification du grand portail sur rue. Les derniers gros aménagements sont réalisés au XIXe siècle avec l’ajout de l’aile droite, expliquant l’actuelle configuration. Il appartient aujourd’hui à la congrégation des Servantes des Pauvres.

L'implantation de communautés religieuses depuis le Moyen Âge

ancien couvent des Augustins, statue de Marie Madeleine du couvent du Calvaire, clichés Frédéric Chobard

Une statuaire remarquable des XVe et XVIIe siècles

2- Ancien couvent des Augustins
(XIVe au XVIIe s.)
8-10, rue de la Harpe
Fondé par les frères Sacs vers 1263 et repris par les Augustins au début du XIVe siècle, ce couvent a subi diverses transformations au cours des siècles. L’église est détruite en 1792 et le reste du monastère est reconstruit au XIXe siècle, pour y établir une manufacture de chaussures, dont seul subsiste le bâtiment principal sur la rue Vauvert. De l’ancien couvent, il ne reste qu’un corps de bâtiment et une chapelle de l’église, dite « de la passion », édifiée en 1480 et portant les armes de la famille de Beauvau, bienfaitrice du couvent. Le corps de bâtiment est lui, largement remanié en 1634, date inscrite sur l’une des lucarnes. Ce dernier, actuellement à usage d’habitation privée, est agrémenté d’un jardin situé à l’emplacement de l’ancien choeur de l’église, dont une fenêtre est encore encastrée dans l’élévation sud de l’édifice.

3- Le couvent des bénédictines
de Notre-Dame du Calvaire
8, rue Vauvert
La congrégation des bénédictines de Notre-Dame du Calvaire s’implante à Angers en 1619 avec l’appui de la reine-mère Marie de Médicis. Après un court séjour au Logis Barrault, elles s’installent sur le site du manoir de Bellepoigne et d’une chapelle médiévale. Le couvent fut édifié rapidement entre 1620 et 1623 grâce aux bienfaiteurs Pierre Rohan de Guéméné et Antoinette de Bretagne sous la conduite de l’architecte angevin Vincent Camus. La Révolution obligea la dispersion des religieuses en 1792, les bâtiments furent utilisés comme prison de femmes et d’enfants, puis vendus en 7 lots. Le couvent est patiemment reconstitué de 1804 à 1821, date à laquelle l’ancienne prieure de 1792 put réintégrer sa charge. Le couvent est inscrit dans un grand enclos abritant de vastes jardins d’agrément et potager conçus pour la vie en autarcie de ces soeurs contemplatives.Un grand portail de la seconde moitié du XIXe siècle ouvre sur une cour d’entrée que longe un bâtiment (pensionnat) édifié en 1862-1864 par l’architecte Louis Duvêtre. L’église qui fait face au réfectoire dans la tradition bénédictine n’est pas orientée, mais disposée selon un axe nord-sud. Elle est constituée d’un seul vaisseau prolongé au-delà de la clôture par le choeur des religieuses. À l’exception de la riche chapelle de Guéméné, l’édifice était simplement lambrissé. Ce couvrement modeste fut abandonné dès le XVIIe siècle dans le choeur des religieuses pour une voûte d’ogives à culots et clef en pendentif. En revanche les voûtes de la nef ne datent que du dernier quart du XIXe siècle, période durant laquelle l’église fut remaniée par l’architecte Jean-Baptiste Bonnet. L’église conserve plusieurs oeuvres précieuses dont deux statues en tuffeau peint du XVIIe siècle de saint Benoît et sainte Scholastique, fondateurs de l’ordre des Bénédictins. Elle abrite surtout une rare statue en bois polychrome et doré du XVe siècle figurant le ravissement de sainte Madeleine. Cette statue provient du couvent de la Baumette, où elle aurait été exposée au sein d’une grotte. Jetée dans la Maine à la Révolution, elle fut sauvée par des bateliers et remise en 1820 aux soeurs du Calvaire.

 

Une architecture nobiliaire: les hôtels particuliers

Hôtel Marcouault, Hôtel Thiélin de Monfroux, Hôtel Drouet, Maison de la chapelle du Saugautier, clichés F.Chobard et S.Vitard
Hôtel Marcouault, Hôtel Thiélin de Monfroux, Hôtel Drouet, Maison de la chapelle du Saugautier, clichés F.Chobard et S.Vitard

4- Hôtel Marcouault,
puis Du Guesclin (XVIe s.)
1, rue de l’Hommeau
Édifié au milieu du XVIe siècle, l’hôtel Du Guesclin constitue un bel exemple d’architecture de la Seconde Renaissance*. Il est construit en deux phases, entre 1548 et 1554 : la première campagne concerne la partie du grand corps à l’angle de la place,la seconde l’autre partie de ce corps et le pavillon, qui porte la date 1554. Cette dernière phase de travaux, accompagnée d’une harmonisation générale de la construction, est due à Mathurin Marcouault, un ecclésiastique « maître principal régent au collège d’Anjou en l’université d’Angers ». La monumentalité du pavillon et la préciosité de sa décoration, cuirs, masques, chutes de fruits ornant les fenêtres, rinceau de la corniche, en font une des demeures les plus raffinées de la ville. Au début du XVIIIe siècle, l’édifice est acquis par le mousquetaire René-Olivier Du Guesclin dont le nom est resté attaché à l’hôtel.

5- Hôtel Thiélin de Monfrou
(XVIe au XIXe s.)
8-10, rue Monfroux
Intégrant un petit corps de logis avec tour d’escalier du XVIe siècle, cet hôtel appartient dans le premier tiers du XVIIe siècle à Anne Pierre de Bellefontaine, gouverneur de
Châteaubriant, puis à Louis de Thiélin, seigneur de Monfrou, qui l’acquiert en 1638 : cette appellation est encore signalée en 1736 sur un plan de ville, alors que l’édifice est déjà passé en d’autres mains… Une déclaration du sieur de Monfrou à l’abbaye du Ronceray en 1658 fait état d’une maison « de nouveau édifiée ». Celle-ci est sensiblement transformée durant le XVIIIe siècle comme l’indique l’état actuel : escalier principal, fenêtres,lucarnes, ainsi que le beau portail d’époque Louis XVI. Un peu plus tardive, la façade d’entrée sur cour développe une composition monumentale à pavillons symétriques : autant de transformations effectuées au gré des modes de vie et de l’évolution du goût.

6- Hôtel Drouet (XVIe - XVIIe s.)
7, place de la Paix
Remontant au XVIe siècle, l’hôtel Drouet présente une structure complexe qui pourrait être liée au regroupement d’anciens logis. Il subsiste de la construction originelle un escalier en vis et les deux corps principaux en équerre. Ces derniers ont cependant été considérablement remaniés dans le second quart du XVIIe siècle. Le propriétaire d’alors, le maître apothicaire François Drouet, est à l’origine de nombreux ajouts ou embellissements : on lui doit notamment la composition de la façade donnant sur la place qui porte la date de 1637, la reprise des toitures, ainsi que l’escalier à mur noyau s’éclairant par les demi-baies de la façade.

7- Maison de la chapelle
du Saugautier (XVIIIe s.)
3, rue Malsou
Cité dès 1385 comme la maison des Fenestres Roges, ce logis était occupé par Etienne Roussigneul, chapelain de la chapellenie de Saugaultier. Il conserve quelques vestiges du XVe siècle, notamment la tour d’escalier. Cependant, l’hôtel présente aujourd’hui une apparence très peu médiévale. En effet, il est très largement reconstruit en 1723, d’après une date qui aurait été inscrite sur une porte intérieure. En 1735, est attesté en ces lieux Jean-Baptiste de la Noue, curé de Rablay-sur- Layon, qui pourrait être le commanditaire de cette modernisation. Les fenêtres en arc segmentaire, les lucarnes à fronton curviligne dans un comble brisé sont caractéristiques de cette époque. Dans le recensement des maisons et habitants d’Angers, engagé en 1769, l’édifice apparaît comme propriété de l’abbaye du Ronceray et loué à une demoiselle de Maineuf.

Des logis exceptionnels remaniés au fil des siècles

Logis d'Ardanne, Hôtel de Tinténiac, Ancienne école chrétienne du Tertre, Clichés S.Vitard et F.Chobard
Logis d'Ardanne, Hôtel de Tinténiac, Ancienne école chrétienne du Tertre, Clichés S.Vitard et F.Chobard

8- Logis d’Ardanne (XVIe s.)
12, place du Tertre
Situé au coeur d’un îlot, accessible par une ruelle depuis la place du Tertre, le logis d’Ardanne est construit entre 1550 et 1560 pour une certaine Catherine Briault. L’hôtel est mentionné sous diverses appellations avant d’être cité comme le logis d’Ardanne, à la suite de son acquisition en 1571 par Barbe du Fou, veuve de Jean de Cherbaye, sieur d’Ardanne. L’édifice comprend un corps de logis principal entre cour et jardin, et un corps secondaire situé dans le même alignement. Bien qu’il soit bâti durant la Seconde Renaissance*, l’hôtel présente en façade une monumentale tour d’escalier hors-oeuvre, témoin d’une tradition encore gothique. La propriété est progressivement modifiée à partir du XVIIIe siècle : remaniement des baies, réduction du jardin, destruction du portail de clôture sur la place du Tertre.

9- Hôtel de Tinténiac, puis Grandet
de la Plesse (XVe-XVIIe s.)
9-11, rue Malsou
L’hôtel Grandet de la Plesse est bâti vers 1500 pour Jean de Tinténiac, chanoine puis doyen de Saint-Martin d’Angers : on lui doit la construction des deux corps de logis sur cour et de la tour d’escalier. Au XVIIe siècle, l’hôtel passe aux mains de Jacques Grandet de la Plesse. Ce conseiller du roi et lieutenant en la maréchaussée d’Anjou fait construire un nouveau corps d’habitation, remarquable par sa couverture en carène*. L’hôtel présente un plan entre cour et jardin (acquis à la fin du XVIe siècle), caractéristique des demeures de notable. Une tourelle d’angle sur rue ainsi qu’un élégant balcon, aménagé en relation avec un salon d’étage au XVIIIe siècle, participe également au charme et au pittoresque de l’ensemble.

10- Ancienne École chrétienne
du Tertre (XIXe s.)
Place du Tertre
Cette ancienne école dirigée par les Frères de la doctrine chrétienne est construite entre 1820 et 1823 par l’architecte Louis François, sur le terrain d’un ancien hôtel particulier.Laïcisée en 1891, elle fait l’objet d’une ample reconstruction, achevée en 1904 : l’école est augmentée sur la droite et une couverture uniforme à comble brisé couvre l’ensemble, la partie initiale se reconnaissant à gauche par un léger avant-corps central. L’établissement est fermé en 1972 et occupé par un centre psychopédagogique. Aujourd’hui, l’ensemble comprend deux habitations et un atelier d’artiste.

Olivier Biguet, conservateur du patrimoine, Ville d’Angers
Dominique Letellier-d'Espinose, chercheur, Région des Pays-de-Loire
Adeline Barré, stagiaire, Service Ville d’art et d’histoire

2012

Glossaire

*Seconde Renaissance : jusqu’à la fin du XVIe siècle. C’est le début du style classique français, où l’art italien est désormais parfaitement assimilé. C’est un art savant et recherché, qui fait la synthèse entre l’Antiquité, la Renaissance italienne et les traditions nationales, ce qui explique la grande variété des architectures pendant cette période d’une province à l’autre.
*Toit en carène : toit à deux versants galbés,évoquant par sa forme la carène d’un navire.
*Voussure : petite voûte couvrant l’embrasure profonde d’une baie.

 

Renseignements

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