Laissez-vous conter le Château

Château d’Angers : vue générale donnant sur la Maine © Cliché Bernard Renoux - C.M.N. Paris
Château d’Angers : vue générale donnant sur la Maine © Cliché Bernard Renoux - C.M.N. Paris

Le château : un site privilégié depuis les origines.

Situé à l'endroit où le cours de la rivière connaît son plus fort rétrécissement, ce surplomb permettait un contrôle efficace du réseau fluvial et des voies terrestres. Les recherches archéologiques récentes ont montré l'ancienneté de la présence de l'homme sur le lieu. Il y taillait le silex au Mésolithique*: des rejets de taille ont été découverts, sous l'actuelle terrasse du logis royal. Entre 4500 et 4000 avant J.-C., une tombe monumentale du type "cairn"* (n° 9) fut construite. C'est la trace la plus ancienne aujourd’hui connue de l'utilisation ostentatoire du site. Les Andes (tribu gauloise de la région d'Angers) y avaient leur oppidum* principal que les fouilles archéologiques ont révélé sous la cour seigneuriale. Dans la ville créée par les Romains, Juliomagus (littéralement "le marché de Jules"), le site du château était occupé par une vaste terrasse quadrangulaire, comportant un temple peut être dédié à l’empereur.

cartographie : Joseph Mastrolorenzo, 2002
cartographie : Joseph Mastrolorenzo, 2002

Angers : un site stratégique

Le château, vingt siècles plus tard, en garde toujours la trace puisque le plan de l'actuelle cour bordée par la galerie de l'Apocalypse, la salle comtale (n° 7), le logis royal (n° 2), la chapelle (n° 3) et le Châtelet (n° 4) correspond à celui de la terrasse antique. Au Bas-Empire, l'enceinte urbaine construite vers la fin du IIIe siècle après J.-C. passe sous le château en longeant le rempart sud. La courtine* est encore visible avec la base d'une tour sous la galerie de l'Apocalypse dans la nef de la chapelle Saint-Laud (n° 6). Elle subsiste sur plus de 5 m de hauteur pour plus de 4 m d'épaisseur au pied du talus d'artillerie du rempart sud.

 

Un palais dans le château. Un exemple de lecture d’archéologie du bâti.
Un palais dans le château. Un exemple de lecture d’archéologie du bâti.

De Juliomagus aux Plantagenêts

C'est encore à l'extrémité du castrum* et pour des nécessités de contrôle que Charles le Chauve décide en 851 d'installer un comte après le traité d'Angers qui fixe la frontière bretonne en rive droite de la Maine. Il doit faire face aux raids scandinaves qui viennent gravement frapper la ville d'Angers à plusieurs reprises à partir de 854. Le comte s'affranchit du pouvoir royal considérablement affaibli et crée sa propre dynastie régnante sur la province d'Anjou au tout début du Xe siècle. L'administration du comté s'effectue alors depuis Angers où le premier comte avait été installé. Ses successeurs, et parmi eux Foulques Nerra (987-1040), y construisent un véritable palais dont il ne reste aujourd'hui que la grande salle comtale, aula*, bâtie au Xe siècle, agrandie au XIIe siècle, et la chapelle Saint-Laud dédicacée au XIIe siècle. La construction de la forteresse à partir de 1232 (celle que l'on visite aujourd'hui) va définitivement englober les bâtiments du palais comtal. La proximité immédiate de la Bretagne hostile et les qualités défensives du site d'Angers conduisent saint Louis à construire ici une véritable citadelle au faîte de l'architecture militaire de l'époque.

Les puissantes tours du front occidental du château le long du boulevard du Général de Gaulle © Cliché Bernard Renoux. C.M.N. Paris
Les puissantes tours du front occidental du château le long du boulevard du Général de Gaulle © Cliché Bernard Renoux. C.M.N. Paris

Une forteresse de frontière

Une forteresse royale imprenable


Construit au XIIIe siècle, le château domine et verrouille le cours de la Maine ; il intègre le système de défense de la ville, dont l’imposante enceinte est édifiée au même moment pour protéger les quartiers de la rive gauche de la rivière, ainsi que ceux de la rive droite (" outre Maine " d’où le nom du quartier : la Doutre). Le schiste ardoisier nécessaire à la construction est prélevé sur place. Le creusement des fossés et la création de l’escarpe*, côté Maine, fournissent une grande partie des matériaux nécessaires. Il est possible que les carrières de Saint- Nicolas, devenues depuis l’étang du même nom, situées à un peu plus d’un kilomètre en aval du château sur la rive droite, aient permis de compléter les besoins en schiste. L’enceinte du château, avec un périmètre de près de 800 m et dix-sept tours de 12 à 13 m de diamètre, accentue la puissance qui se dégage toujours de la forteresse. Deux portes, la porte de Ville (n° 1), par laquelle le visiteur accède au nord-est, et la porte des Champs au nom bien significatif au sud (qui offre l’ultime possibilité de fuite afin  d’échapper à la menace côté ville), permettent de pénétrer dans le château. Pour la porte des Champs (n° 14), deux herses consécutives barrent l’entrée (l'une d'elles est d'ailleurs encore en place). Deux assommoirs* renforcent la protection de l’accès. Les archères qui strient les façades des tours (bien que l’envergure semble insuffisante pour le déploiement de l’arc) ont certainement, de l’extérieur, un effet dissuasif. Leur adaptation aux armes à feu les rend plus efficaces. Cette architecture militaire élaborée, la puissance qui en émane, rendent la forteresse d’Angers quasi imprenable selon les techniques de siège de l’époque.

Aux XIVe et XVe siècles, les ducs d’Anjou réutilisent les bâtiments laissés par leurs prédécesseurs et en construisent d’autres. La grande salle comtale  se voit doter de grandes fenêtres à meneaux et traverses. La chapelle est construite vers 1403, le logis royal et le châtelet vers 1450. Des logements au sud et des bâtiments annexes à l’ouest finissent de fermer la vaste cour seigneuriale (visuellement restituée lors de la construction de la galerie de l’Apocalypse en 1953-54). En 1480, le Roi René meurt sans descendance. Louis XI rattache alors l’Anjou au domaine royal et met fin à près de six siècles de vie palatiale sur le promontoire rocheux.

Le château : un site de contrôle fluvial et terrestre © Cliché Bernard Renoux. C.M.N. Paris.
Le château : un site de contrôle fluvial et terrestre © Cliché Bernard Renoux. C.M.N. Paris.
Le système de défense de la porte des Champs : deux herses et deux assommoirs.
Le système de défense de la porte des Champs : deux herses et deux assommoirs.
© Cliché Bernard Renoux. C.M.N. Paris.
© Cliché Bernard Renoux. C.M.N. Paris.

De la forteresse militaire à la prison pénale

Un destin contrasté

Les guerres de religion du XVIe siècle consacrent la forteresse comme lieu de détention de nombreux protestants. Henri III comprend l’avantage de posséder ici un point fort susceptible de tenir la province. Nommé capitaine du château par le roi en 1585, Donadieu de Puycharic, malgré la demande des habitants de détruire le front nord des remparts, parvient habilement à les rendre encore plus menaçants. Les toits en poivrière sont supprimés, les murs renforcés et de redoutables terrasses d’artillerie tournées vers le centre urbain et sur le passage de la rivière sont construites.

Ainsi, la monarchie dispose à Angers d’une véritable enceinte de sûreté. Louis XIV y fait incarcérer pendant trois mois, après son arrestation à Nantes en 1661, le surintendant des Finances Fouquet.

Vue en perspective de Jean Ergo (1773)©Service historique de la Défense, Archives de la Marine, Vincennes, MV 71 recueils R18 n°25.
Vue en perspective de Jean Ergo (1773)©Service historique de la Défense, Archives de la Marine, Vincennes, MV 71 recueils R18 n°25.

Le château d’Angers est alors considéré par le roi comme une petite bastille. Des centaines de prisonniers de guerre y arrivent dès 1717. De 600 à 700 marins anglais occupent tous les lieux possibles du château (chapelle, tours, etc…) de 1779 à 1781. Cette utilisation pénitentiaire régulière initiée par les militaires n’échappe pas aux révolutionnaires qui y font naître, au plus fort de la Terreur, la première prison départementale qui ne quitte la forteresse qu’en 1856. L’armée continue d’utiliser parallèlement le château. Des centaines de prisonniers des guerres napoléoniennes, de toutes nationalités, y sont incarcérés jusqu’en 1814. Les transformations nécessaires à l’adaptation à l’artillerie et à ces nombreux enfermements sont en partie responsables de la disparition de bâtiments médiévaux. En 1947, l’armée cède la forteresse à l’administration des Monuments historiques ; elle est alors ouverte à la visite.

Le châtelet construit vers 1451. Accès à la galerie de l’Apocalypse © Cliché Philippe Berthe. C.M.N. Paris.
Le châtelet construit vers 1451. Accès à la galerie de l’Apocalypse © Cliché Philippe Berthe. C.M.N. Paris.
L’appareillage de la forteresse :alternance du schiste et du calcaire © Cliché Bernard Renoux. C.M.N. Paris.
L’appareillage de la forteresse :alternance du schiste et du calcaire © Cliché Bernard Renoux. C.M.N. Paris.

La Tenture de l’Apocalypse

La forteresse, écrin d’une œuvre tissée unique au monde

La tenture de l’Apocalypse, commandée à la fin du XIVe siècle par Louis 1er, duc d’Anjou, puis léguée par le Roi René à la cathédrale (dont elle avait orné la nef jusqu’à la Révolution), est aujourd’hui présentée au château d’Angers. Fondée sur un manuscrit du Ier siècle de notre ère (les visions de saint Jean, dernier texte du Nouveau Testament), la tapisserie illustre le contexte historique, social et politique de la France du XIVe siècle, plongée dans la guerre de Cent Ans, les épidémies, la famine. Ses dimensions (106 m conservés sur les plus de 140 m à l’origine), son ancienneté, sa virtuosité stylistique et technique en font une des œuvres phares du moyen âge. Malmenée au XVIIIe siècle, elle a fait l’objet d’importantes campagnes de restauration au XIX e puis au XXe siècle. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Etat décide d’installer la tenture dans un complexe muséographique adapté, inauguré en 1954, puis réaménagé par le Ministère de la Culture et de la Communication (Direction Régionale des Affaires Culturelles des Pays de la Loire) en 1996, afin d’assurer à l’oeuvre une présentation et une conservation à la hauteur de sa réputation (éclairage avec des fibres optiques, climatisation …).

  • Glossaire :

* Assommoir : ouverture percée au-dessus d’une porte ou d’un accès du château permettant des jets de pierres ou autres projectiles pour assommer l’assiégeant.

* Aula : nom donné à la salle où se déroulaient les cérémonies de la société féodale.
*Cairn : sépulture mégalithique (4500 à 4000 avant J.C.).
*Castrum : ville fortifiée.
*Courtine : mur d’un rempart joignant les tours.
*Escarpe : talus qui constitue le bord du fossé à la base des remparts d’un château, d’une forteresse.
*Mésolithique : période vers 12000 à 6000 avant J.-C.
*Oppidum : lieu fortifié établi sur une hauteur.

 

Jean Brodeur, Archéologue INRAP.

Elisabeth Dreyfus

2002

La tenture de l’Apocalypse dans son complexe muséographique © Cliché Philippe Berthe
La tenture de l’Apocalypse dans son complexe muséographique © Cliché Philippe Berthe

Visitez le Château d'Angers

2, promenade du Bout du Monde - 49100 Angers
Ouverture : du 2 mai au 4 septembre : 9 h 30 – 18 h 30
du 5 septembre au 30 avril : 10 h – 17 h 30

(Dernière entrée 45 minutes avant la fermeture)
Site fermé : 01/01, 01/05, 01/11, 11/11, 25/12

Renseignements, réservations

  • Centre des monuments nationaux - Château d’Angers
    Tél. : 02 41 86 48 77
    Visites commentées, audioguides
    Pôle d’action éducative : 02 41 86 48 79
    Web : www.angers.monuments-nationaux.fr
    Réservations groupes : 02 41 86 48 79 - Fax : 02 41 87 17 50
    Entrée payante
    Gratuit pour les moins de 26 ans ressortissants de l’UE
    Gratuit moins de 18 ans, demandeurs d’emplois, personnes handicapées
    Tarif groupe (plus de 20 personnes)
    Forfait scolaire (35 élèves au plus)
    Sur réservation : animations pédagogiques et ateliers du patrimoine, visites exceptionnelles, locations d’espaces.

  • Angers Loire Tourisme
    7, place Kennedy – B.P. 15 157 – 49051 Angers cedex 02
    Tél. : 02 41 23 50 00 – Fax : 02 41 23 50 09
    Mél. : accueil(at)angersloiretourisme.com
    service.groupes(at)angersloiretourisme.com
    Web : www.angersloiretourisme.com

  • Service éducatif, Angers, Ville d’art et d’histoire
    43, rue Salpinte - 49100 Angers
    Tél. : 02 41 60 22 13 - Fax : 02 41 41 35 09
    Mél : ville-art-et-histoire(at)ville.angers.fr