Laissez-vous conter la Compagnie Française d'Aviation

Façade principale© Cliché CAUE de Maine-et-Loire.
Façade principale© Cliché CAUE de Maine-et-Loire.

Une école de pilotage au destin chaotique

L’aviation en Anjou

La naissance d’une discipline

En bordure de l’ex-aérodrome d’Angers- Avrillé, l’ancienne école de pilotage de la Compagnie Française d’Aviation témoigne d’un passé aéronautique encore récent. Elle constitue par ailleurs un exemple majeur de l’architecture 1930 à Angers. Balbutiante au début du siècle, la pratique de l’aviation se structure rapidement autour de l’aéroclub de l’Ouest créé en 1907 et d’une école de pilotage qui ouvre ses portes en 1922. L’enseignement est confié à la Compagnie Française d’Aviation, entreprise parisienne qui possède plusieurs centres d’entraînement et des unités de fabrication d’avion. Forte de son succès, l’école est rapidement à l’étroit dans les baraquements qu’elle occupe le long de la voie de chemin de fer, route de Cantenay-Epinard. La Compagnie Française d’Aviation envisage alors la construction d’un nouveau bâtiment alliant prestige et confort. Elle acquiert un terrain en bordure de la route nationale d’Avrillé pour son implantation.

Vue d’ensemble vers 1939 © Coll. Orain
Vue d’ensemble vers 1939 © Coll. Orain

Un projet ambitieux

Un concours d’architecture pour les pilotes

Alors réservé aux projets prestigieux, le concours d’architecture qu’organise la Compagnie Française d’Aviation pour ses nouveaux locaux témoigne de son ambition. En l’absence de texte, les plans des deux concurrents, Henry Jamard (1879-1953) et Ernest Bricard (1876-1954), permettent de reconstituer le programme*.
Le bâtiment s’organise en deux ailes indépendantes de part et d’autre d’un porche central ouvert. Ce dernier offre un observatoire privilégié sur l’aérodrome, accessible par un grand escalier. Salles de cours et bureaux de la direction se partagent le rez-de-chaussée de l’aile nord tandis que la conciergerie, le réfectoire des pilotes et les cuisines occupent celui de l’aile sud. Quant aux étages, ils reçoivent les dortoirs des élèves. Enfin le sous-sol est réservé aux espaces de stockage. Symbole de modernité, le toit-terrasse répond aussi à une contrainte réglementaire : minimiser la hauteur de la construction à proximité d’une piste d’atterrissage. Quant au jardin, il assure au bâtiment un véritable espace de mise en scène.

Le projet d’Ernest Bricard

La Compagnie Française d’Aviation retient le projet d’Ernest Bricard pour l’édification de sa nouvelle école.
Architecte départemental de 1922 à 1941, Ernest Bricard réalise parallèlement nombre de maisons individuelles pour une clientèle privée. Il signe ici l’une de ses oeuvres majeures. Rigueur, géométrie et symétrie affirment la puissance d’un lieu dévolu à une activité naissante et symbole de modernité : l’aviation.

Le bâtiment construit en 1938 déploie sa longue façade de 97 m selon une orientation est-ouest le long de la route reliant Angers à Avrillé. De part et d’autre du porche central saillant, les deux ailes en ressaut sur la façade postérieure se développent sur deux étages.

De grandes baies rythment les façades et éclairent abondamment espaces de cours et espaces de vie. Ernest Bricard recourt à des techniques constructives éprouvées par l’architecture moderne : structure poteaux-poutres en béton et remplissage de brique.

Porche central vers 1939 © Coll. Musée de l’Air.
Porche central vers 1939 © Coll. Musée de l’Air.

Un décor rigoureux et monumental

Les arts décoratifs

Pour cette réalisation prestigieuse, Ernest Bricard s’entoure d’artistes talentueux dont les oeuvres glorifient la Compagnie Française d’Aviation. Ainsi le mosaïste d’origine italienne Isidore Odorico (1893-1945), connu à Angers pour le décor de la Maison bleue (1927-1929), conçoit les mosaïques. Sur fond de cocarde tricolore, le sigle CFA, encadré par l’insigne des pilotes, et huit avions composent le décor du hall central.

Par la recherche chromatique et la variété des motifs (chevrons, escaliers, etc.), les tapis de sol du rez-de-chaussée traduisent le savoir-faire et le génie créatif si caractéristiques d’Odorico. L’aviateur hissant le sigle CFA et tenant une hélice d’avion, symbole d’une aviation conquérante, qui orne le porche central, est signé par le sculpteur angevin, René Guilleux (1890-1969 ?).

Une histoire mouvementée

En 1938, la CFA ouvre ses portes dans un établissement neuf… pour quelques mois. Dès 1940, le bâtiment est occupé par les Allemands, puis bombardé par les Alliés en 1944. À l’issue du conflit, la réforme de l’enseignement met un terme définitif à l’activité du site. Dégradé par des décennies d’abandon, le bâtiment, situé sur l’emprise du projet autoroutier de contournement d’Angers, est promis à la démolition. À l’initiative du CAUE – et grâce aux atermoiements du projet autoroutier –, l’ancienne école d’aviation est sauvée. Réhabilitée par l’architecte Maxime Ketoff, elle accueille depuis juillet 2005 la Maison de l’architecture, des territoires et du paysage. L’édifice, labellisé « Patrimoine du XXe siècle » en 2000, a été inscrit au titre des Monuments historiques en 2004.

Sandrine Prouteau,C.A.U.E. de Maine-et-Loire

2008

*Programme : document qui décrit précisément l’organisation du bâtiment selon les souhaits du commanditaire.

Porche, vue postérieure © Cliché CAUE de Maine-et-Loire.
Porche, vue postérieure © Cliché CAUE de Maine-et-Loire.

Découvrez la Compagnie Française d’Aviation

qui accueille depuis 2005 la Maison de l’Architecture, des Territoires
et du Paysage.

Renseignements

Mosaïques du hall central conçues par Isidore Odorico © Cliché CAUE de Maine-et-Loire.
Mosaïques du hall central conçues par Isidore Odorico © Cliché CAUE de Maine-et-Loire.