Laissez-vous conter l'hôtel Demarie

Vue d’ensemble sur jardin © Cliché Patrice Giraud, François Lasa. Inventaire général - ADAGP.
Vue d’ensemble sur jardin © Cliché Patrice Giraud, François Lasa. Inventaire général - ADAGP.

Actuel Muséum des sciences naturelles.

Origines

L’hôtel Demarie est implanté sur une butte rocheuse autrefois occupée par le cimetière et l’église paroissiale Saint- Michel-du-Tertre, où les plus grandes familles municipales et judiciaires avaient leur chapelle funéraire. Cet édifice médiéval fondé vers le Xe siècle fut ruiné à la Révolution et définitivement détruit en 1796. Il n’en subsiste aujourd’hui que quelques traces archéologiques, un caveau sous le jardin et les gros murs de la sacristie. Ceux-ci furent remployés dans l’hôtel Demarie pour des pièces de service, cuisine et laverie. Sur ce site topographiquement complexe, Jean-François Demarie, ingénieur des Ponts et Chaussées, se construisit peu avant 1800 une demeure fort originale. Son décor intérieur restait à compléter lorsqu’il la vendit en 1810 à Pierre Giraud, riche industriel et propriétaire des manufactures de toiles d’Angers et de Beaufort. Puis l’édifice fut acquis vers 1881 par Alexandre Fairé, déjà dans les lieux depuis une vingtaine d’années. Les héritiers de cet illustre avocat et homme politique (adjoint au maire d’Angers Achille Joubert et plusieurs fois député) s’en défirent, à sa mort en  1908, au profit du médecin Paul Turpault ; sa fille Elisabeth Turpault-Valentin le céda à la ville d’Angers, en 1958 pour l’aménagement du Muséum d’histoire naturelle.

Cour circulaire intérieure © Ville d’Angers. Cliché Marc Chevalier.
Cour circulaire intérieure © Ville d’Angers. Cliché Marc Chevalier.

Sur la rue…

De prime abord, cette demeure ne donne pas l’apparence d’un hôtel. Le corps de logis sur rue est occupé par des boutiques (n° 39 à  49) et des logements au-dessus pour les commerçants. Ces parties locatives indépendantes évoquent  une disposition déjà connue ans les hôtels parisiens du XVIIIe siècle. L’une des boutiques (au n° 49) était accostée d’une allée cochère desservant une petite cour de  communs et l’écurie. Cette partie a toujours été différenciée sur la rue par un étage supplémentaire, tout en s’inscrivant bien dans la composition générale de la façade. Très sobre, discrètement rythmée de pilastres au rez-dechaussée et à l’entresol*, celle-ci a perdu sa lucarne centrale, plus imposante que les voisines, qui soulignait l’accès à l’hôtel par une porte piétonne.

Façade d’entrée. Photographie, début XXe siècle
Façade d’entrée. Photographie, début XXe siècle

Plan géométrique et cheminement pittoresque

La distribution intérieure, savante et habilement adaptée au site escarpé, donne lieu à un surprenant parcours pour pénétrer au coeur du logis. De la porte d’entrée, un escalier à deux longues volées droites mène à une cour d’entrée circulaire à ciel ouvert et couverte seulement en 1958 pour le musée. Selon un parti théâtral, cette cour intérieure est dominée par un balcon périphérique sur lequel s’ouvrent les salles de réception et les appartements de l’étage noble. Cet étage supérieur est placé de plain-pied sur le jardin et accessible par un bel escalier courbe, auquel répond le mur sud, en contre-courbe, du vestibule. Bordé d’une colonnade sur le jardin, celui-ci dessert en symétrie le salon et la salle à manger, pièces octogonales couvertes d’une coupole éclairée par des oculus. Le salon conserve sa cheminée d’origine, mais le décor peint en trompe-l’oeil et la corniche ornée de chauve-souris de la coupole  appartiennent aux compléments décoratifs effectués sous Napoléon III ou peu après ; des angelots en grisaille portent les attributs des arts, accompagnés du nom de grands artistes, dont des modernes romantiques comme le compositeur Weber ou le sculpteur Pradier.

Plan du rez-de-chaussée surélevé (à hauteur du jardin). Projet attribué à Jean-François Demarie, fin XVIIIe siècle. A.D. Maine-et-Loire © Cliché François Lasa - Inventaire général - ADAGP
Plan du rez-de-chaussée surélevé (à hauteur du jardin). Projet attribué à Jean-François Demarie, fin XVIIIe siècle. A.D. Maine-et-Loire © Cliché François Lasa - Inventaire général - ADAGP

Sur le jardin…

En communication avec les appartements (des époux probablement) éclairés sur la cour intérieure, ces deux remarquables salles sont aussi en liaison avec les ailes sur le jardin : leurs élévations en vis-à-vis, où alternaient niches – disparues - et fenêtres, sont ponctuées aux extrémités d’avant-corps à la manière de petits temples, en écho à la colonnade centrale du vestibule. L’ensemble n’est pas sans évoquer un atrium (cour intérieure) de villa romaine, avec une pointe d’orientalisme sur les premiers projets qui prévoyaient des toits « en pagode » au dessus des coupoles. La qualité de ce plan d’une géométrie rigoureuse et des façades à l’antique, d’influence palladienne*, font de cet édifice une œuvre unique du néo-classicisme* angevin sous le Premier Empire.
Le jardin en terrasse adossé à l’enceinte urbaine du XIIIe siècle domine d’une dizaine de mètres le boulevard Carnot, face à l’actuel centre de congrès : il constitue une charmante promenade au sein du parcours muséographique des collections établies dans cet édifice et dans l’ancien hôtel de ville.

Jardin vue d’ensemble du vestibule © Cliché Stéphanie Vitard.Ville d’Angers.
Jardin vue d’ensemble du vestibule © Cliché Stéphanie Vitard.Ville d’Angers.

Les collections

Depuis les découvertes des grands explorateurs au XVIe siècle, il était usuel pour la noblesse de rassembler dans des cabinets d’histoire naturelle privés, tous types de spécimens animaux, végétaux ou minéraux venant des tropiques. Ces spécimens faisaient la curiosité et l’admiration de leurs hôtes. Dans le mouvement de démocratisation de l’instruction de la Révolution française, toutes les collections des émigrés furent saisies afin de les réunir dans un Muséum d’histoire naturelle. Certaines furent pillées, celles récupérées ont constitué le noyau des collections du Muséum d’Angers.
Par la suite, le Muséum s’enrichit d’acquisitions, de dons et de legs. Ainsi Renou, le premier conservateur du Muséum à partir de 1806, donna ses collections. Des madrépores, oiseaux quadrupèdes venant des dépôts nationaux, furent également adressés à l’établissement. La Revellière-Lépeaux, membre du Directoire, contribua également à l’enrichissement des collections. C’est à lui que l’on doit la présence au Muséum d’Angers des poissons dits de « Bonaparte ». Actuellement, l’hôtel Demarie-Valentin est le    siège des expositions temporaires et de l’exposition permanente de zoologie.
Le Muséum continue à s’enrichir en collections. Ainsi en 1999, il a reçu le  très important legs Boursicot, comportant notamment un bel ensemble de papillons.

  • Glossaire :

*Entresol : niveau secondaire accueillant des petits logements ou réserves de commerce, entre le rez-de-chaussée auquel il est lié par des arcades, pilastres… et le premier étage.
*Palladienne : du nom d’Andréa Palladio, architecte vénitien de la Renaissance, qui a fortement influencé l’architecture européenne à la fin du XVIIIe siècle.
*Néo-classicisme : mouvement artistique des années 1750-1850, marqué par un goût prononcé pour l’Antiquité gréco-romaine et favorisé par la découverte des ruines de Pompéi et de Paestum.

 

Olivier Biguet, Conservateur du patrimoine, Ville d’Angers
Dominique Letellier-d'Espinose, Chercheur, service régional de l’Inventaire, DRAC des Pays de la Loire
Vincent Dennys, Conservateur du Muséum des sciences naturelles, Ville d’Angers

2003

Tigre du Bengale © Cliché Michel Beucher
Tigre du Bengale © Cliché Michel Beucher

Découvrez l’hôtel Demarie, Muséum des sciences naturelles

43, rue Jules Guitton - Tél. 02 41 05 48 50
Ouverture : du mardi au dimanche de 14h à 18h. Fermé le 14 juillet.

Renseignements et réservations

Coupole du salon.Médaillons symbolisant le théâtre et la sculpture © Inventaire général - ADAGP - Cliché François Lasa.
Coupole du salon.Médaillons symbolisant le théâtre et la sculpture © Inventaire général - ADAGP - Cliché François Lasa.