Laissez-vous conter l'hôtel de Pincé

Cour de l'hôtel de Pincé
Cour de l'hôtel de Pincé

La première Renaissance en Anjou*

Un hôtel particulier de la première Renaissance

Couramment cité dans les ouvrages d’histoire de l’art, l’hôtel de Pincé constitue un édifice majeur de la première Renaissance* en Anjou comme en France. Il fut bâti entre 1523 et 1535 pour Jean de Pincé, seigneur du Bois de Savigné, lieutenant criminel en la sénéchaussée d’Anjou et maire d’Angers à différentes reprises. La demeure appartint à différentes familles de la noblesse de robe au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. En 1861, le peintre angevin Guillaume Bodinier fit don de l’hôtel de Pincé à la ville d’Angers ; après une importante restauration par l’architecte Lucien Magne, l’édifice ouvrit comme musée en 1889 pour présenter les collections d’un autre peintre angevin, Lancelot-Théodore Turpin de Crissé.

Situé dans le quartier du Ralliement remodelé au XIXe siècle, l’hôtel de Pincé s’inscrivait à l’origine dans un lacis de rues étroites, sans dégagement. Le percement de la rue Lenepveu a notamment provoqué le triplement de la cour d’entrée, dont la superficie primitive est encore matérialisée au sol par des pavés. L’hôtel comprend deux corps de logis disposés en équerre de
part et d’autre d’une imposante tour d’escalier surmontée d’une chambre haute, selon le parti adopté au logis Barrault (actuel musée des Beaux-Arts). Edifiée à la fin du XVe siècle, cette autre demeure prestigieuse lui a servi de référence, les similitudes s’observant jusque dans le couvrement de la cage d’escalier, constitué d’une voûte à nervures rayonnantes.

L’hôtel de Pincé est cependant loin d’être homogène. Les travaux furent engagés par l’aile gauche (où se trouve la salle d’apparat) et la tour d’escalier, dont le riche décor inspiré des châteaux de la Loire évolue constamment au fil du chantier : au rez-dechaussée, les ornements très couvrants des pilastres* à candélabres* et des chapiteaux fantaisistes renvoient encore au premier art de la Renaissance sous Louis XII ; par contre, les pilastres à disques et les chapiteaux mieux proportionnés du premier étage sont plus conformes au style en vigueur instauré à partir de 1515 par l’aile François Ier du château de Blois. C’est à ce même édifice que se réfèrent les hautes lucarnes couronnées d’un arc triomphal. Celles-ci furent réalisées parallèlement aux deux niveaux supérieurs de la tour, qui présente le même type de pilastres et des frises à potelets identiques, ces dernières amorçant la stylistique nouvelle de l’aile droite.

Porte d’entrée de la grande pièce du premier étage : Le suicide de Lucrèce.© Ville d’Angers- Cliché Stéphanie Vitard
Porte d’entrée de la grande pièce du premier étage : Le suicide de Lucrèce.© Ville d’Angers- Cliché Stéphanie Vitard

Un riche décor

L’aile droite,oeuvre de Jean Delespine

C’est à Jean Delespine, célèbre architecte angevin, auteur de la tour centrale de la cathédrale (1534-1540) et du château de Serrant (entrepris en 1539), qu’est attribuée l’édification de l’aile droite achevée en 1535, selon une date portée sur un pilastre. L’évolution décorative se mesure à l’apparition de motifs antiques, tels que patères* ou bucranes*, mais également à une représentation plus naturaliste et savante des multiples figures végétales, logis est surtout célèbre pour sa trompe* d’angle conique dite "sous le coin", supportant l’une des deux tourelles en surplomb sur la façade latérale : la plus ancienne connue de ce type, dont Jean Delespine est probablement l’inventeur.

Les bustes en médaillons ainsi que les armoiries de Jean de Pincé et de son épouse Renée Fournier, ont été entièrement reconstitués par l’architecte Magne, qui se trouvait confronté à un état extérieur extrêmement dégradé. En revanche, à l’exception des cheminées entièrement neuves, le décor intérieur est dans l’ensemble plus authentique, qu’il s’agisse des poutres sculptées, des voûtes ornées des signes du zodiaque (dans l’escalier), de figures mythologiques et bibliques (dans les cabinets), ou du bas-relief consacré au suicide de Lucrèce, au-dessus d’une porte du premier étage.

Voûte en palmier de l’escalier en vis. © Ville d’Angers - Cliché Thierry Bonnet
Voûte en palmier de l’escalier en vis. © Ville d’Angers - Cliché Thierry Bonnet
Trompe “sous-le-coin” du corps de logis droit © Musées d’Angers Cliché Pierre David

Les collections du musée

L’histoire du musée Pincé est jalonnée de dons et de legs. En 1861, le peintre Guillaume Bodinier donna l’hôtel à la Ville pour y présenter le legs Turpin de Crissé qui élargit dès 1859 les collections municipales à de nouvelles civilisations.

De longues années de travaux furent nécessaires pour rénover le bâtiment et l’adapter aux contraintes muséales : le musée n’ouvrit au public qu’en 1889. En 1915, le legs Saint-Genys, constitué en partie d’estampes japonaises, engagea le musée vers une autre direction, l’Extrême-Orient, que des achats et des legs, entre 1945 et 2001, renforcèrent. Ces collections ont été réaménagées à deux reprises et vers 1950, le logis Pincé fut définitivement dévolu à l’Antiquité grecque, romaine et égyptienne, ainsi qu’aux arts orientaux.

Les civilisations antiques sont représentées par un bel ensemble de céramiques grecques, de verreries romaines et de bronzes étrusques, tandis que les collections égyptiennes permettent d’évoquer les divinités, les rites funéraires, l’écriture et la vie quotidienne au temps des pharaons. Chine et Japon sont également bien représentés (masques, laques, armes, céramique, tissus, bronzes, etc.), avec une exceptionnelle série d’estampes japonaises.

Labellisé musée de France, l’hôtel de Pincé est provisoirement fermé au public, le temps qu’une mise en conformité des espaces en terme d’accessibilité et qu’un nouveau projet de présentation des collections soient réalisés.

La cour d’entrée présente, à sa gauche, la façade Renaissance datée de 1557 d’une maison autrefois située 12 rue Saint-Laud (l’actuel bar du Centre). Confondue jusqu’à une date récente avec une maison voisine dite la Reine des Fleurs, elle apparaît, dans une transaction de 1593, sous le nom du Roi David en raison de son enseigne. L’élargissement de la rue a conduit à la préservation de cette belle élévation en tuffeau d’un riche commerçant, couverte d’un décor d’esprit maniériste.

  • Glossaire :

Bucrane *: motif ornemental d’origine antique figurant un crâne de boeuf.
Candélabre *: ornementation de pilastres faite de vases superposés en forme de chandeliers.
Entablement *: couronnement horizontal d’une architecture comprenant une corniche, une frise, une architrave.
Patère *: décor en forme de rosace qui rappelle l’aspect d’une coupe antique.
Pilastre *: montant vertical rectangulaire en saillie du mur.
Première Renaissance *: période de l’art français de l’extrême fin du XVe siècle aux années 1530, marquée en architecture par la construction des châteaux de la Loire. C’est le passage de l’art gothique flamboyant à l’art classique, sous l’influence de la découverte de l’art italien.
Trompe *: petite voûte formant support sous un ouvrage en surplomb.

 

Olivier Biguet, Conservateur du patrimoine, Ville d’Angers
Dominique Letellier-d'Espinose, Chercheur, service régional de l’Inventaire, DRAC des Pays de la Loire
Catherine Lesseur, Conservateur du patrimoine, musées d’Angers
Ariane James-Sarrazin, conservateur en chef du patrimoine, directeur des musées d'Angers

 2013

Vase canope - legs Turpin de Crissé 1859 ,albâtre égyptien, XVIIIe dynastie © Musées d’Angers - Cliché Pierre David
Vase canope - legs Turpin de Crissé 1859 ,albâtre égyptien, XVIIIe dynastie © Musées d’Angers - Cliché Pierre David
Chimère chinoise fin XVIe siècle - Legs Neuburger (2002).© Musées d’Angers - Cliché Pierre David
Chimère chinoise fin XVIe siècle - Legs Neuburger (2002).© Musées d’Angers - Cliché Pierre David
Vue de la salle Egypte.© Musées d’Angers - Cliché Pierre David
Vue de la salle Egypte.© Musées d’Angers - Cliché Pierre David

Découvrez l'hôtel de Pincé

rue Lenepveu

 

Renseignements

Conservation et direction des musées d'Angers
14 rue du musée - 49100 Angers
Tél. : 02 41 05 38 00
Fax : 02 41 05 38 09
Mél. : musees(at)ville.angers.fr
Web : www.angers.fr

Angers Loire Tourisme
7, place Kennedy – B.P. 15 157 – 49051 Angers cedex 02
Tél. : 02 41 23 50 00 – Fax : 02 41 23 50 09
Mél. : accueil(at)angersloiretourisme.com
service.groupes(at)angersloiretourisme.com
Web : www.angersloiretourisme.com

Service éducatif, Angers, Ville d’art et d’histoire
43, rue Salpinte - 49100 Angers
Tél. : 02 41 60 22 13 - Fax : 02 41 41 35 09
Mél : ville-art-et-histoire(at)ville.angers.fr
Web : www.angers.fr/sevah