Le projet de l'équipe Reichen

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Le projet de l'équipe Reichen

En vidéo: extrait de la présentation du projet "Convivence Angevine" par l’équipe Reichen (réunion publique du lundi 16 janvier 2012).

Convivence Angevine

La réinvention d’un centre

(cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Tout projet urbain est un voyage et une rencontre avec la réalité et l’imaginaire d’une ville. Mais il renvoie aussi à un moment d’une histoire urbaine et humaine. Dans l’époque de rupture et d’incertitude que nous traversons on peut comprendre que toucher à un site aussi emblématique que les berges de la Maine ne se résumera pas à une question de forme ou de tracé. Il s’agit bien d’engager une nouvelle étape du "récit urbain" d’une ville.

Les questions qui se posent aujourd’hui se situent à l’inverse des préoccupations des années 60. Après le choc de la guerre, "l’homme moderne" avait trouvé son chemin dans les dogmes d’un "mouvement moderne" qui n’hésitait pas à se référer au contexte de la "table rase".

Il avait aussi choisi l’automobile comme outil de son émancipation. La société de cette époque n’avait aucune conscience du prix qu’il y aurait à payer pour son enrichissement collectif. Personne n’imaginait qu’un demi-siècle plus tard nous aurions à nous poser autant de questions touchant à la survie même de notre planète.

La rupture environnementale est maintenant consommée avec ses exigences, ses espoirs et ses incertitudes et elle se conjugue avec un autre facteur d’évolution qui concerne l’intrusion dans nos vies du "temps réel" et de "l’espace virtuel". Dans les années 70, l’espace a changé plus vite que la société. C’est maintenant la société qui va changer plus vite que l’espace. "L’homme moderne" a fait place à "l’homme du présent".

C’est sur ce chemin peu balisé que doit s’aventurer le projet urbain. C’est une recherche sur l’espace et les lieux mais aussi sur un principe de "convivence angevine" qui puisse réinventer ici un art de vivre ensemble. Le projet doit être le support de cette transformation sociale.  Comment des "familles urbaines" contrastées vont se partager un même espace en y vivant des temps différents? C’est un projet et un processus que nous voulons définir et c’est le sens que nous donnons à l’idée de co-production de l‘espace.

Associer un projet urbain à un projet sociétal impose un "acte déclencheur" et nous avons la conviction que seul le déclassement rapide de l’autoroute urbaine installée sur la berge peut remplir ce rôle. Supprimer tous les flux de transit et restituer symboliquement l’autoroute aux habitants est un acte physique et symbolique à l’échelle de l’ambition de Loire Valley.

Dans note projet nous n’avons pas cherché à justifier cette position ou à imaginer des alternatives. Nous nous sommes consacrés à rendre possible cette hypothèse. Nous ne menons pas non plus une croisade contre l’automobile. Nous affirmons seulement qu’il faut la remettre au service de la ville et non l‘inverse. Diminuer par deux la circulation et la vitesse tout en augmentant la mobilité dans le centre-ville est l’équation que nous avons vérifiée. C’est sur ces bases que nous avons imaginé les règles de conception et de réalisation d’un "territoire d’échange" adapté aux attentes de notre époque.

Il est identifié selon trois angles de vue, mais surtout  trois  "chantiers" complémentaires:

  • Les échanges physiques,
  • Les échanges humains,
  • Les échanges spécialisés.

Les échanges physiques

La mobilité urbaine est bien sûr au cœur de ce processus et l’introduction du tramway en est le premier acte. Le chemin est tracé vers des pratiques où service et sociabilité vont à nouveau être réunis.

Supprimer les flux de transit est le prochain objectif qui nécessite le retraitement des échangeurs Sud et surtout Nord pour permettre l’accès vers Nantes. La modélisation des flux réalisée sur cette base montre la possibilité de se passer du transit sur la berge, sans le préalable de la réalisation longue et onéreuse d’un contournement Sud.

Une accessibilité en "sens inversé" (sans transit) vers le pentagone et une desserte en "boucle" à l’intérieur de celui-ci préfigure un plan "en marguerite", en organisant le trafic automobile au profit de l’économie du centre-ville. Une seconde ligne de tramway et le réseau "Car-Maine" desservant le quai concrétiseront les principes d’une mobilité "apaisée".

Les échanges humains

Restituer les quais à la population est un acte d’une autre nature. L’idée que nous développons à Bordeaux dans le quartier de la gare Saint Jean est celle d’un espace public conçu comme un "équipement collectif à ciel ouvert" co-produit avec les habitants.

A Angers, "l’autoroute déjantée" est une métaphore qui exprime un usage festif et événementiel. Nous parlons aussi "d’autoroute jardinée", "d’autoroute sportive"  ou "d’autoroute associative".

La réalité physique de ce lieu est celle d’un plateau indestructible en dehors des rampes qui enferment les trémies. Cette "archéologie du présent" sera utilisable comme un parcours continu fédérant les quartiers et comme le prolongement naturel de ces derniers. C’est un lieu "non marchand" simple, modulable, évolutif et économe que nous voulons contribuer à mettre en œuvre.

Les échanges spécialisés

Ces deux premiers projets ouvrent ensuite la voie au retraitement de la jonction entre les quartiers et le fleuve. C’est le lieu des  "échanges spécialisés" programmés comme une chaîne continue d’espaces associés au fleuve, mais aussi comme un ensemble de fonctions prenant la "couleur programmatique" des quartiers existants: l’éducation, la santé, les échanges, le tourisme, les loisirs, le commerce ou la  fonction résidentielle.

Cette dernière sera particulièrement développée sur les "îles habitées" que nous proposons d’installer sur le quartier "Saint Serge Nord".

Ces projets seront conçus comme une vitrine du développement durable et ils composeront une nouvelle scénographie des berges associée à l’histoire. Ces deux composantes sont les clefs d’une "économie du rayonnement" touchant toute l’agglomération et dont les berges seront l’incarnation.

Les 7 lieux des berges ne forment pas un chantier monolithique et interminable. Ils seront menés un par un au rythme de la vie locale. Le projet que nous proposons est un projet générationnel. En 15 ans nous pouvons reconstruire les rives, stabiliser un paysage et une écologie urbaine et transformer les pratiques des habitants autour de nouveaux principes de déplacement et de la réinvention d’un espace collectif.

Pour remplir cet objectif il y a une condition évidente: la transformation des usages doit être pensée comme un chantier autonome commençant dès aujourd’hui, sans préalables.

Il y a bien sûr d’autres façons de "faire  la ville" dans un territoire qui dispose de grandes ressources foncières proches de son centre, mais si nous avons concentré notre énergie sur la transformation rapide d’un ruban autoroutier c’est que peu de villes disposent, dans leur centre historique, de l’opportunité d’associer de façon évidente un projet spatial et un projet social dans un coût maîtrisé.

Dans 15 ans le monde numérique sera installé et on ne parlera plus de génération Y. C’est maintenant que l’expérimentation sociale a un sens évident.

Le monde virtuel va renforcer le réel. C’est "ce réel" qu’il faut définir et seuls le temps et les habitants eux-mêmes peuvent le faire. En tant que "dessinateurs publics" (par analogie avec l’écrivain public) nous pouvons apporter notre connaissance de la syntaxe à ce projet.

Nous imaginons un chemin vers une "globalisation douce" où un contexte local ne serait plus condamné à se fondre dans un imaginaire généralisé et où douceur et convivence d’aujourd’hui seraient les deux temps d’un même récit urbain.

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