Angers et l'industrie

Le développement industriel d’Angers, jusque dans la première moitié du XXe siècle, reste axé sur les industries traditionnelles, liées aux richesses extractives et agricoles.

La ville ne connaît pas de « révolution » industrielle dans la nature des productions, mais seulement dans les moyens, avec la généralisation progressive du machinisme. D’anciens secteurs d’activités, comme la poterie d’étain, se maintiennent. Les grands pôles économiques demeurent les ardoisières et le textile, dont les filatures et corderies, fondées sur l’importante production de chanvre de la vallée de la Loire.

Société anonyme des filatures, corderies et tissages d’Angers Bessonneau. Arch. mun. Angers, album Bessonneau 1, feuille 27.

Cette activité a besoin de plus en plus d’espace, d’où un premier déplacement à la périphérie de la ville d’alors : quartier du Mail, Saint-Serge, Ecce-Homo, rue de la Madeleine… Les établissements Bessonneau en particulier prennent une extension considérable entre l’avenue Jeanne-d’Arc, la rue Larévellière et la voie ferrée. Le quai Ligny, mais surtout l’îlot Thiers-Boisnet et Saint-Serge sont les quartiers industriels de l’époque. Plus au nord, on trouve tour à plomb, fours à chaux, Grands Moulins, Verreries mécaniques de l’Anjou, ardoisières du Doyenné et mines de fer du Pavillon.

L’industrie agroalimentaire prend un grand essor à partir du riche terroir angevin : liqueurs Guéry, Cointreau, Rayer, Giffard… Toujours à partir de l’agriculture se développent les machines agricoles Beauvais-Robin, la fabrication des produits vétérinaires, des engrais. Les Verreries mécaniques de l’Anjou naissent en 1913 pour répondre à la demande des nombreux liquoristes et viticulteurs.

L’industrie de la chaussure, qui va devenir une spécialité des Mauges, naît à Angers en 1856. Elle devient si importante qu’Angers figure parmi les principales villes « chaussantes » de France avant 1914, réputée pour sa chaussure « bourgeoise », solide et bien finie, dite « des Bords de la Loire ». D’autres activités voient le jour : parapluies (dont Angers devient l’une des principales capitales), cartes à jouer Dieudonné (venues d’Orléans), manèges et matériels pour forains de l’Avignonnais Bayol, allumettes chimiques, plomb de chasse. Après 1880, on assiste au développement d’un nouveau secteur, le mobilier, où Angers acquiert la même réputation que pour les toiles ou les bâches.

Manufacture de chaussures supérieures Biotteau frères, lettre à en-tête. 1897. Coll. Guy-François Le Calvez, cliché Arch. mun. Angers, 42 Num.

Essai de diversification

La première partie du XXe siècle est assez terne, mais diverses initiatives sont cependant à noter. Elles introduisent un peu de diversification dans une économie mono-industrielle dominée par l’empire Bessonneau et par un grand nombre de manufactures de vêtements, tandis que la chaussure ne résiste pas à la crise des années trente.

Les familles Poupart, Petiteau, Moreau, Fourré, puis Guinel sont particulièrement actives avec la création de la Société angevine de fabrication industrielle et mécanique (SAFIM) pour la production d’articles variés en métal et de la Société angevine d’exploitation, travail et étuvage du bois. Elles créent en 1920, avec les établissements Lafarge, l’usine du Ferro-Laiton, chargée notamment de fournir en éléments métalliques les fabricants de parapluies. Tout à côté s’établit en 1921 la manufacture de papier à cigarette Zig-Zag, dont l’actuelle entreprise Kolmi est issue.

Parmi les nombreuses entreprises de métallurgie et construction mécanique, l’atelier Trosseille se distingue - mais surtout après 1945 - par ses perceuses-foreuses, très connues des grandes entreprises, tout comme la société de La Goupille Cannelée, fondée par Louis Cesbron, déjà promoteur d’une entreprise de matériel de meunerie, rue Dacier. Une autre initiative est due au Tourangeau Henri-Joseph Bayon : l’implantation de L’Aiglon, bientôt célèbre pour ses ceintures, bretelles et accessoires de luxe, et plus tard pour ses ceintures de sécurité.

Industrialisation volontariste


La fin de l’empire Bessonneau dans les années cinquante rend obligatoire une politique volontariste d’industrialisation, à la faveur de la décentralisation industrielle pratiquée par l’État. Préfecture, chambre de commerce et d’industrie, comité départemental d’expansion et municipalité unissent leurs efforts.

L’achat par la Ville d’Angers en 1953 de l’ancienne filature Buirette et Gaulard de la Brisepotière en forme le point de départ. Elle devient la première usine-relais d’Angers, avant la lettre. En 1954-56 est lancée la première zone industrielle, de la Croix-Blanche, suivie par celles de Saint-Serge, d’Écouflant, de Saint-Barthélemy, de Beaucouzé... En 1977 apparaissent les couveuses d’entreprises, en 1985 les centres d’activités, en 1988 les pépinières d’entreprises de la Technopole, puis les parcs scientifiques de Belle-Beille et des Capucins.

Zone industrielle Angers-Beaucouzé, vue aérienne. 2006. Arch. mun. Angers, photothèque, cliché Thierry Bonnet.

De 1957 à 1975, plus d’une trentaine de sociétés s’installent à Angers, dont certaines très importantes : Thomson, Jouveinal, Bull… La crise économique, à partir de 1974, ralentit ces implantations. Mais parallèlement se conforte un tissu riche et diversifié de PME. Aujourd’hui, les menaces sur certaines activités industrielles sont compensées par les réussites de secteurs spécialisés de l’électronique, de l’agroalimentaire, des biotechnologies, sans parler du pôle végétal et du développement des services.

Sylvain Bertoldi
Conservateur des Archives d’Angers

(Vivre à Angers, janvier 2008)