"Nous renouons avec l'histoire de notre ville pour en écrire une nouvelle page"

Dans un supplément au journal "Vivre à Angers" consacré au projet Rives Nouvelles, le maire Frédéric Béatse et l'architecte François Grether reviennent sur les orientations majeures du projet. Morceaux choisis.

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Publié le 07.06.2013
Le maire, Frédéric Béatse et l'architecte lauréat du projet, François Grether (ici à droite) reviennent sur les grandes orientations du projet d'aménagement urbain "Rives Nouvelles" quelques jours après que le conseil municipal a donné son feu vert. (Photo: Jean-Patrice Campion/Ville d'Angers)

Le 27 mai, le conseil municipal a donné son feu vert au projet Rives Nouvelles. Celui-ci se décline dans un plan-guide. Un mot sur ce document…

François Grether. Le plan-guide est indispensable pour lancer et mener à bien un projet d’une telle ampleur. Il définit les grandes orientations des aménagements à venir, leurs lignes directrices et leur cohérence. C’est aussi un instrument de coordination, auquel chacun peut se référer.

Frédéric Béatse. C’est pour nous un moment important. Nous allons passer du projet aux actes avec les  premières réalisations. Avec le plan-guide, nous disposons d’une feuille de route.

Le plan-guide fera-t-il l’objet de mises à jour?

Frédéric Béatse. Il sera nécessaire de le mettre à jour. Par exemple, pouvoir saisir de nouvelles opportunités, comme l’implantation d’un siège d’entreprise sur tel ou tel emplacement des berges de la Maine. S’adapter aussi aux contraintes, notamment de budget. Rives Nouvelles est un grand projet : le rythme de sa réalisation doit s’inscrire dans le sérieux budgétaire qui est le nôtre.

François Grether.  En effet, le plan-guide est le contraire d’un carcan fixe, figé dans les détails. C’est un document-cadre ouvert. Un projet aussi vaste doit pouvoir saisir les opportunités, les nouvelles demandes ou les contraintes imprévues qui ne manqueront pas de surgir dans la durée.

M. Grether, vous avez travaillé pour de nombreuses villes. Sur quels éléments repose l’exception angevine?

François Grether. Je connaissais très peu Angers. La première fois que j’y suis venu, en voiture, j’ai été sidéré d’arriver ainsi au pied du château, d’une manière aussi brutale. Angers a des acquis considérables. Peu de villes proposent une telle diversité de situations tout au long de leur rivière. A Bordeaux et Lyon, les rives et les façades de la Garonne et du Rhône sont régulières, avec une belle ampleur linéaire. A Angers, au contraire, le paysage urbain de la Maine est riche de nombreuses variations, avec le château, la cale de la Savatte, le théâtre le Quai et sa terrasse, l’avancée de la Doutre, la montée Saint-Maurice, la vaste place La Rochefoucauld, la Reculée pittoresque… L’autre grande exception angevine, c’est la présence de magnifiques et vastes espaces naturels si proches du centre-ville avec l’île Saint-Aubin, le parc Balzac, le lac de Maine… Des atouts dont il faut tirer parti.

Au moment de vous expliquer leurs attentes, sur quels éléments les élus  ont-il insisté?

François Grether. Chacun à leur manière, les maires Jean-Claude Antonini et Frédéric Béatse m’ont impressionné par leur volonté de porter un projet urbain ambitieux et très largement concerté, partagé. Frédéric Béatse, surtout, a insisté pour que le projet comporte une dynamique économique nouvelle que nous n’avions pas assez prise en compte dans nos premières propositions. Il m’a fait évoluer ; il a eu raison et je m’en réjouis.

Vous citez la participation angevine en exemple dans les autres villes  où vous intervenez…

François Grether. C’est la première fois que je constate une telle volonté d’impliquer les habitants dans l’élaboration d’un projet d’aménagement urbain. En général, les élus préfèrent ouvrir la concertation après l’élaboration des grandes lignes des propositions. A Angers, le premier groupe d’habitants avait déjà beaucoup avancé et formalisé ses réflexions lorsque nous sommes intervenus. Il n’a pas été difficile d’intégrer leurs points de vue.  Leurs attentes de projet ont toujours été très fortes et constructives.

Frédéric Béatse. Nous n’aurions pas su faire sans les Angevins. Ce projet,
c’est d’abord un projet de vie, un art de vivre très angevin basé sur la qualité, la nature, la convivialité. Qui mieux que les habitants pour l’exprimer?

Rives nouvelles n’est pourtant pas le projet des seuls Angevins...

Frédéric Béatse. Rives Nouvelles, ce sera le projet de tous et pour tous. L’intérêt que nous suscitons d’ores et déjà nationalement grâce à ce projet me conforte dans l’idée que nous voyons juste. Les villes ont besoin d’un projet qui les identifie et les caractérise.

François Grether. Angers Rives Nouvelles concernent tous les habitants
du territoire angevin. Le rayonnement du projet, son pouvoir d’attractivité,
va bénéficier au développement de toute l’agglomération. J’en suis convaincu.

Quelle place tient la question des déplacements dans un projet comme celui-ci et notamment celle qui touche au devenir de la voie des berges?

François Grether. L’enjeu des mobilités est très important mais ce n’est pas le seul. Les élus ont eu l’intelligence de dépasser le problème de la voie des berges, en l’insérant dans une démarche plus globale et plus ambitieuse. La circulation automobile sera reportée sur une voie urbaine de surface normale, plus proche des immeubles de la rive gauche, afin de dégager sur les berges un espace public qui à ce jour n’existe pas. Tout va se faire progressivement, pour inciter le trafic de transit à suivre d’autres itinéraires tout en améliorant les accès au centre-ville.

Frédéric Béatse. C’est ce qui nous a séduits dans la proposition de François Grether : sur les déplacements, il propose une action très progressive qui permet d’évoluer sans rupture. On offre des alternatives, on avance résolument mais on prend le temps de mesurer l’impact de chaque action.

Dans le quartier Saint-Serge, le changement s’annonce spectaculaire… C’est peut être le pan du projet qui vous soutenez le plus…

Frédéric Béatse. Saint-Serge, c’est le centre-ville de demain dans le prolongement direct du centre-ville tel que nous le connaissons aujourd’hui ; c’est le futur quartier des talents angevins où se mêleront habitations, entreprises, culture, universités.
Les points d’excellence de notre économie, le végétal, l’électronique, la santé,
les industries créatives, devront s’y développer. C’est un facteur de croissance pour l’emploi et pour toute l’agglomération.

François Grether. Ce secteur de la ville représente une ressource formidable
pour le développement nécessaire du cœur de l’agglomération, dans le prolongement direct du centre-ville en effet. Le futur quartier contemporain comportera toutes les fonctions d’une centralité urbaine, associant activités, habitat, commerces, équipements, institutions…

Comment analysez-vous ce mouvement qui incite les villes à renouer avec leur rivière ou leurs rivages?

François Grether. Ce mouvement a commencé dans les années 1980 ; il s’étend de Londres à Lisbonne et Barcelone, à Buenos Aires et à Shanghai. Les rivages maritimes ou fluviaux changent à chaque époque avec l’évolution des activités et des modes de vie ; sans doute parce que c’est là, près de l’eau, que l’histoire de chaque ville a commencé.

Frédéric Béatse. Angers s’est construite sur la Maine, avant de lui tourner le dos. Nous renouons avec l’histoire de notre ville, pour en écrire une nouvelle page.

"Angers Rives Nouvelles, la Reconquête", supplément au journal "Vivre à Angers" de juin 2013. Disponible sur demande au 0241054131 ou consultable en ligne dans sa version numérique.